Mon amie Sylvie

Dans notre société, pompeusement appelée ère de communication, nous sommes, paraît-il comme jamais, en relation les uns avec les autres. Les générations précédentes n'avaient pas ces extraordinaires moyens que sont le téléphone, la télévision, Internet et j'en passe. Mais alors pourquoi le sentiment de solitude est-il tellement exacerbé puisqu'il est si facile de joindre quiconque ? Sans doute parce que tout est mélangé. On confond la camaraderie, la sympathie, le copinage, la bienveillance et l'amitié. Pourtant, rien n'est sur le même plan.
Lorsque j'ai rencontré Sylvie, nous faisions partie de la même section politique de notre ville. Nous étions des camarades en tant que membres de la même organisation, en quelque sorte sur le même plan social. Des camarades de combat, des soeurs d'armes. Il m'arrivait à l'époque de la trouver exaspérante.
Puis, au fil du temps et des échanges, nous sommes passées en mode sympathie. Nous nous rencontrions en dehors du champ d'action du militantisme. Nous sommes peu à peu devenues des copines et plus seulement des camarades.
Et, un jour, ou plutôt une nuit, nous avons basculé ensemble dans l'amitié.
Nous sommes passées des échanges classiques à un partage du sens. La communication entre nous est devenue réelle, la relation authentique. A la sympathie s'est greffée la bienveillance, le tout s'acheminant sans calcul vers l'amitié ; cette relation humaine mille fois plus profonde, plus essentielle, et plus rare.
Sylvie vient de partir à jamais. Le cancer aura eu raison d'elle et je reste là comme une conne, amputée de ce lien, de cette amie. J'ai mal au coeur.
Notre amitié n'était pas accidentelle, elle ne se dénouera pas au gré des circonstances.
Lire Eloge de la vodka : http://zitoune.over-blog.fr/article-32594198.html