Pierrot le fou / Jean-Luc Godard

Publié le par La Zitoune

Depuis le temps que j'entendais parler de ce film culte... Oeuvre maîtresse de la Nouvelle Vague, elle a consacré Jean-Luc Godard en 1965fut jugée subversive à sa sortie et interdite aux moins de 18 ans pour "anarchisme intellectuel et moral". C'est sûr qu'aujourd'hui ça fait sourire, mais remettons les choses dans leur contexte et ne rions pas comme des ânes.

Le thème central est la critique de la société de consommation, mais c'est aussi un plaidoyer pour la liberté.

A l'origine, Godard voulait faire un petit film avec Michel Piccoli et Sylvie Vartan, mais cette dernière ayant refusé ce fut Jean-Paul Belmondo (déjà connu) et Anna Karina (première femme du réalisateur) qui obtinrent les rôles.

Ferdinand Griffon dit "Pierrot le fou" (Bébel donc), las de sa vie sans rêve, toujours la clope au bec, ancien professeur d'espagnol, cultivé, marié à une riche italienne, des enfants, vient de perdre son job à la télé. Après avoir subi une soirée chez ses bourgeois de beaux-parents et jeté un gâteau à la figure des invités qui débitaient des slogans publicitaires surfaits et ennuyeux, il se rend compte que la baby-sitter embauchée pour l'occasion est une ancienne maîtresse - Marianne Renoir (Anna Karina). Il décide alors de laisser choir sa femme et de partir avec son ex. Mais la donzelle est très copine avec des gangsters et, lorsqu'au réveil le lendemain matin il découvre un cadavre dans l'appartement, les choses se compliquent. Marianne lui explique que son frère - Fred - lui a fait intégrer une bande rivale de la sienne pour l'espionner.

Dans l'obligation de fuir dans le Sud face à la police et à divers individus peu recommandables, commence une cavale en voiture et à pied à travers la France, dans laquelle Pierrot se laisse entraîner par amour pour Marianne. Ils vivront des péripéties fatigantes, sanglantes et des rencontres incongrues.

Elle est aussi impulsive qu'il est intellectuel ; elle aime la danse et la musique, lui la lecture et l'écriture. Une chose les rassemble : ils sont épris de liberté, mais n'en ont pas la même conception, et crachent sur la société de consommation, tout en s'en servant.

Marianne présente Pierrot à Fred, qui lui propose de participer à un hold-up. Celui-ci réussit mais Pierrot réalise qu'on s'est moqué de lui lorsqu'il surprend Marianne sur un bateau avec l'homme qu'elle prétendait être son frère. Il les abat tous les deux puis appelle la police, se peint le visage en bleu et se barde d'explosifs auxquels il met le feu. Au dernier moment il regrette son geste, mais n'a pas le temps d'éteindre la mèche. Un peu radical le garçon.

Comme dans Shrek :-), il y a beaucoup de références artistiques diverses et variées : littérature, poésie, cinéma, B.D., peinture. C'est un peu prétentiard à mon goût (et beaucoup plus subtil dans Shrek). Tout est emphatique, intellectualisé à outrance, pompeux, ce qui a toujours un effet rédhibitoire sur moi : je n'y crois pas !

De longues citations débitées sur un ton monocorde. Pouahhhh ! ça m'a gavée. Je suppose que certains se trouvent intelligents devant ce film. Moi je n'adhère pas, je dois être bête. Ca manque d'affects, d'émotions, de dérapages, de loupés, de réalisme tout simplement. Pour oublier que c'est une fiction, doit falloir être complètement fait. Je ne vais quand même pas me mettre à boire pour apprécier Godard.

Souvenons-nous quand même du contexte : on est en 1965, c'est le début de la Nouvelle Vague. Le mot d'ordre est : faire du nouveau, pas académique, inventer, être différent à tout prix. Alors Godard expérimente des choses, un nouveau projet cinématographique qui sort des limites du 7ème art de l'époque : des cadrages alambiqués, des plans-séquences de transition, une scène toute bleue, une autre toute rouge, d'autres dans lesquelles les acteurs s'adressent aux spectateurs. Aujourd'hui on est habitué, alors ça semble banal (surtout si l'on est fan de Lars Von Trier), mais à l'époque c'était révolutionnaire. Ne crachons pas sur les pionniers, c'est trop facile.

Je ne vais pas dire que j'ai trouvé ce film transcendantal puisque je mentirais et que je risquerais d'aller en enfer jusqu'à la nuit des temps et que je n'aime pas mentir ni quand il fait trop chaud parce qu'on ne se sent pas bien et qu'on a envie de ne rien faire parce que justement il fait trop chaud et que c'est normal puisqu'on est en enfer parce qu'on a menti en disant qu'on trouvait ce film transcendantal :-)

Une apparition de Raymond Devos à la toute fin m'a confortée dans l'idée que j'avais bien fait de lutter contre une somnolence envahissante. Il raconte à Ferdinand qu'un air de musique particulier le met dans "une hystérie collective à lui tout seul", avec moult jeux de mots et mimiques. Là j'avoue, j'étais pliée.

Bref, je suppose que dire que Pierrot le fou m'a déçue n'est pas politiquement correct, mais si vous saviez ce que j'en ai à faire. Et si je rajoute que je me suis mortellement ennuyée d'un bout à l'autre du visionnage, alors j'entends hurler la meute intellectuelle parisienne. Pas grave, la meute n'a pas grand-chose à faire, ça l'occupe.

Voir du même réalisateur : A bout de souffle http://zitoune.over-blog.fr/article-a-bout-de-souffle-56878200.html

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