Nos plus belles années / Sydney Pollack

Publié le par La Zitoune

Ce film fait partie des oeuvres qui m'ont construite. Je l'ai vu au moins quatre fois, et chaque fois je reste coite, comme une gamine qui s'identifie à une héroïne. Ben oui... pour moi Barbra Streisand est une héroïne dans ce film, même si pour beaucoup elle serait plutôt une victime, et avant tout d'elle-même. Le tout face à un Robert Redford charismatique qui crève l'écran (Brad Pitt peut se rhabiller).

Un Sydney Pollack de 1973. On est aux Etats-Unis, entre 1937 et 1950. Cette longue période couvre donc la guerre et la "chasse aux sorcières", sombre époque du maccarthysme qui n'a pas fait la gloire de l'Amérique.

Katie Morosky (Barbra Streisand) fait la connaissance d'Hubbell Gardiner (Robert Redford) à l'université. On ne peut pas être plus différents que ces deux-là : elle est une militante communiste acharnée, bouillonnante, juive et obligée de travailler pour payer ses études ; il est un séducteur désinvolte, calme, fortuné et protestant (un WASP).

Les deux personnages incarnent des idéaux opposés. Elle milite en faveur de la paix, fait travailler sa tête et ne considère pas la politique comme un jeu. Au fond, elle est un petit oiseau blessé qui se bat pour donner un sens à la vie. Il se laisse vivre sur le campus, fait travailler son corps et ne s'occupe pas de ce qui se passe à l'extérieur des Etats-Unis. Au fond, il est un gosse de riches qui ne cherche pas le sens de la vie, plus préoccupé à la vivre.

De ces deux êtres que tout devrait éloigner naîtra une histoire d'amour autant mythique qu'improbable. Elle ne sait pas s'amuser. Il s'amuse trop. Le mariage de la carpe et du lapin qui défiera les lois de la logique... mais n'est-ce pas le propre de l'amour ? Euh...

Il sait au fond de lui être un imposteur, est conscient que tout lui a toujours été trop facile et envie l'intégrité de Katie. Elle est paradoxalement attirée par la beauté et le côté superficiel d'Hubble, mais également par ses talents d'écrivain. Elle croit en lui plus que lui-même et le touche dans ce qu'il a de plus intime : son rapport à l'écriture.

Ils se retrouvent fortuitement quelques années plus tard à New-York, pendant la guerre. Elle travaille dans une radio, défend ses convictions et engagements plus que jamais. Il n'utilise pas ses talents d'écrivain et vit au jour le jour, dans la légèreté.

L'amour oeuvre, ils partent vivre à Hollywood, loin du monde de Katie, qui fait une concession.

Hubbell est devenu un écrivain talentueux et travaille sur un scénario lorsque la "chasse aux sorcières" débute. C'est le commencement des ennuis pour sa douce, qui se jettera dans la bataille corps et âme. C'est plus fort qu'elle...

Une tirade terrible d'Hubble à Katie lors d'une dispute le jour de la mort de Roosevelt laisse présager que le fossé entre eux est bel et bien réel et ne s'estompera jamais tout à fait, malgré l'amour indéniable qu'ils se portent : Le Président est mort et tu ne peux rien y changer, et la chose ne t'est pas personnelle ! Tout ce qui arrive en ce monde ne t'arrive pas à toi personnellement ! Tu vas te conduire avec réserve ! Ce à quoi elle répond : Je ne tiens pas à me conduire avec réserve.

Il lui reproche de trop attendre de choses et de tout pousser à l'excès, de ne pas prendre le temps de se détendre ni de jouir de la vie. Elle rétorque : Mais vois ce que j'obtiens ! Elle parle de lui, qu'elle encourage à écrire. 

Leur histoire va se défaire et se refaire, pour finalement se terminer. Ils auront une fille que Katie élèvera seule, Hubbell ayant pris la tangente après avoir vu sa progéniture dans son berceau à la maternité. Cette fois, elle ne pourra pas le retenir.

Katie perd Hubble parce qu'elle est incapable de renier ses convictions. Il lui dira ironiquement : Tu ne t'attendais pas à venir à Hollywood et à y trouver une chance de faire la leçon au monde. Blessée, elle lui répondra : Je ne fais pas la leçon au monde Hubble, je me contente de défendre quelque chose à quoi je crois.

Ce sera le début de la fin. Personne n'a raison, personne n'a tort.

La première scène du film montre une Katie au premier plan d'une manifestation contre la guerre en Europe en 1937 (guerre d'Espagne 1936-1939), dans une envolée lyrique et tripale au micro ; pour elle, tout ce qui n'est pas communiste est fasciste et il lui arrive de manquer cruellement d'humour. Malgré les huées et les moqueries, elle défend son point de vue d'une façon qui ne peut être qu'émouvante puisque criante de sincérité. La dernière scène montre une Katie au premier plan d'une manifestation contre la guerre atomique en 1950 (durant la "guerre froide").

Toutes ces années n'ont fait qu'affermir les caractères des deux personnages : Katie, tourmentée, est restée loyale à la cause défendue... et Hubbell, plein d'assurance et carriériste, a suivi le sens du vent, dans l'insouciance et la compromission.

Le regard échangé à la fin du film, alors qu'ils se croisent après des années, est l'un des plus beaux jamais vus au cinéma (pour ma part). Il se passe tout simplement de mots. On y lit de l'admiration et un amour profond. Elle distribue des tracts dans la rue, égale à elle-même, alors qu'il sort d'un taxi new-yorkais avec une pouliche, qu'on devine aussi tarte que belle. Elle s'est remariée et opère dans le militantisme... avec le sourire, alors qu'il semble assez désabusé par sa vie de paillettes. Il lui dit : Tu souris, tu t'en sors mieux que moi. Elle répond : Je suis plus habituée. On comprend qu'il l'envie de ne pas s'être perdue et d'être restée fidèle à elle-même, lui qui n'est pas plus heureux qu'elle malgré ce qu'il pouvait penser.

Leur amour n'est plus possible mais il n'en demeure pas moins intact et éternel. L'amour ne fait pas tout...

La question sous-jacente est : peut-on aimer et vivre heureux avec "un(e) antidote" ? ou ne peut-on le concevoir qu'avec "un(e) copier-coller" ? Si vous avez un avis... le débat est ouvert.

Un mélo sans pathos inutile. Deux acteurs inestimables. Un moment de douceur dans un monde menaçant. A voir et à revoir jusqu'à l'indigestion.

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