Je voterai pour
Les sondages n'ont rien vu venir : ni le Brexit, ni Trump, ni Sarko, Valls et Juppé dans les choux, rien de tout ça. Pourtant, ils sont toujours omniprésents, font la pluie, le beau temps, classent les candidats et vont même jusqu'à déterminer qui doit participer ou non à un débat télévisé. Les candidatures de 11 personnes ont pourtant bel et bien été validées par le Conseil constitutionnel.
Il existe le déni de grossesse et aussi le déni de démocratie... Personnellement, ça me donne la nausée (et je ne suis pas enceinte !).
Les sondages écrivent des scénarios, les médias les jouent, voire les surjouent et les électeurs gobent, gentiment, hargneusement ou/et affolés, en fonction de leur caractère, de leur culture politique et de leur degré de militantisme.
Ces électeurs élaborent des stratégies, prônent le vote utile, faisant fi du vote d'adhésion. Avril 2002 hante les esprits... et c'est bien légitime. Loin de moi l'idée de minimiser le danger fasciste, je suis en apnée depuis des semaines... donc pas d'angélisme ou d'oeillères de ma part.
Mais je pose une question, une simple question : sans cette notion de vote utile, les sondages auraient-ils une quelconque utilité ? une audience ?
Ne penser la politique (le monde ?) QUE sous le prisme du "vote utile" n'est-ce pas répondre aux injonctions des sondages, s'empêcher de lire les programmes (vraiment les lire), ne pas se faire sa propre opinion ? N'est-ce pas se laisser manipuler ? Niveler la pensée par le bas ? Prendre les gens pour des pions ?
Qui achèterait une maison en écoutant seulement les louanges de l'agent immobilier, sans même la visiter ? Évidemment personne.
On a pourtant bien plus à perdre dans le contexte.
Avec cette façon de faire des instituts de sondage et de ceux qui mettent en scène leurs prédictions terrifiantes, c'est comme si le premier tour de l'élection présidentielle disparaissait, était annulé de fait.
Alors, je vais peut-être m'en mordre les doigts jusqu'au sang, mais je voterai pour Benoît Hamon ; parce que son programme me convient, parce que j'y retrouve les valeurs de la Gauche que j'aime tripalement, parce que cet homme sain, sans casseroles, calme, raisonné, m'apaise, parce que le revenu universel ferait sortir tant de gens de la pauvreté, parce que c'est un frondeur, avec une éthique, une parole, parce que son discours est humaniste et pourtant humble, parce qu'il propose des solutions nouvelles, parce qu'il se positionne sans ambiguïté vis-à-vis des dictateurs et de l'Europe, parce qu'il ne prétend pas avoir la science infuse et sait s'entourer d'experts... et qu'il les écoute.
Et aussi parce qu'il y a un second tour ; ce que "le vote utile", sous les leitmotive des sondages et des médias, a parfois tendance à oublier.
Au premier tour, je voterai pour. Point.
