Le goupil

Publié le par La Zitoune

Nuire à son prochain était sa seule prétention dans la vie. Son esprit acéré ne le laissait jamais au repos ; il élaborait nuit et jour des scénarios qui le faisaient rugir de plaisir.
Menteur comme un arracheur de dents, ce caméléon semait la zizanie comme on pratique un loisir.
Rien n’était authentique chez cet homme, pas même son prénom ridicule.
La simple idée qu’un autre être humain puisse le toucher lui soulevait le cœur ; il ne comprenait rien au soi-disant besoin de tendresse de ses congénères.
Il se remplissait la panse dans tous les vernissages et les meetings politiques, en picorant les petits fours avec un culot désarmant.
Ses mains ressemblaient à des pelles, immenses et calleuses ; son crâne plus lisse qu’un œuf était parsemé de croûtes purulentes, causées par une maladie de peau, qui provoquait des démangeaisons éprouvantes pour son système nerveux.
De petite taille, notre homme était d’une maigreur épouvantable, alors que des quantités industrielles de nourriture transitaient quotidiennement dans son corps.
Son métabolisme rapide brûlait tout ce qu’il ingurgitait, comme une chaudière mal réglée qui consommerait trop de combustible. 
Les habitants du cru étaient habitués à voir déambuler sur son BMX, celui qu’ils surnommaient Le goupil.
Cet homme sans états d’âme ni humanité, indifférent à la souffrance d’autrui, donnait très bien le change et pouvait, s’il le fallait, simuler l’empathie comme personne.
Depuis dix ans, Le goupil faisait partie du décor de sa petite ville de province d’environ 7 800 habitants ; il l’avait tant et si bien arpentée qu’il en connaissait les moindres recoins et ses quatre quartiers.

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Le goupil
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