Tentative d'éloge du bon goût
Le bon goût a la particularité de n'avoir aucun contour, aucune définition, aucun pré carré à conquérir ou à défendre, aucun couvercle. Dès lors que l'on tente de l'enfermer, de le cerner, il fuit, tache, puis s'évapore. La police du bon goût, petite soeur de la censure et cousine germaine de la chienlit conformiste, est armée du pire en termes d'humiliation : la condescendance. Elle castre, scie, ampute et - parfois - crève des coeurs ou brise des carrières. Le bon goût n'est ni de droite ni de gauche, il n'a pas de sexe, pas de religion, pas d'époque et ne se situe pas forcément dans les hautes sphères. Le bon goût est souvent là où on ne l'attend pas et ne supprime jamais rien, mais toujours ajoute, augmente, améliore et pimente. Créatif et inspirant, il est donc vain de vouloir le définir. À l'opposé de l'attribut du sujet, il vole au-dessus des nuages.
Le bon goût a des airs de Blanche Gardin.
