Cédric (6)
Sur le trottoir, côte à côte, comme les Dalton, nous marchons tous les quatre, à trois. Le plus grand, et surtout le plus niais, c'est Averell, Cédric en l'occurrence. Au milieu, on trouve William, le seul qui sache lire, c'est Léo. Joe, le plus petit mais aussi le plus intelligent, c'est moi (qui d'autre !). Manque Jack, tué dans un terrible duel au pistolet lors de la Guerre de Sécession.
Nous avançons sous un soleil de plomb, la main sur le holster, les pieds à 10 h 10, en mâchant de la gomme. L'air est irrespirable sous nos chapeaux de cow-boy. En se concentrant un peu, on peut entendre la musique de "Le Bon, la Brute et le Truand" et voir passer des boules d'amarante dans le désert aride. Un charognard vole en rond au-dessus de nos têtes. Il attend patiemment sa pitance. Nos gourdes en peau de bison sont vides, la faim nous tenaille. Le prochain saloon est à 500 mètres, au bout de la route 66. Pas une diligence en vue. Un coyote hurle au loin, dans un paysage de désolation.
Inconscients du danger encouru face à trois as de la gâchette comme nous, les gens du coin ne cachent pas leur surprise devant notre avancée de front, et répondent à nos sourires irrésistibles.
Mais voilà qu'arrive au loin une dame toute désarticulée, avec de gros problèmes aux jambes. Elle avance en claudiquant, la pauvre.
Et là, j'entends sur ma droite :
- Regarde-moi ça ! Tout ça pour faire son intéressante !
- Incroyable ! Tout dans le paraître !
😳😂
