Escapade en préparation
Préparer mon mariage ne m'est jamais venu à l'idée, alors que je préparais déjà mes voyages dans mon berceau. Ce plaisir de l'avant, des préliminaires, des recherches, des lectures, comme la carte d'un restaurant dans lequel on entre pour la première fois. On ne sait pas trop où l'on va, mais l'imagination fourmille et l'on salive comme un escargot de Bourgogne. Mais il faut faire des choix, parfois aller à l'essentiel. À chacun son essentiel. À San Francisco, il s'agissait d'arpenter jusqu'au bout le Golden Gate, aller et retour, pour "le voir de l'autre côté". Je l'ai fait seule, il paraît que c'était "trop bizarre comme idée". À New York, je suis allée écouter - seule - du gospel dans une église à Harlem. "T'es folle ! Ça craint là-bas !". Racisme ordinaire. En Islande, on a marché en tongs sur un désert de cendres, avec mon Léo. Les gènes peut-être. On peut également tremper dans des thermes trop chauds à Budapest, être initiée au géocaching sur la Grand-Place de Bruxelles, chanter les hirondelles et crapahuter sur les terrils à Liège, rencontrer des terreurs canines de Mons en forme de boudin noir, des chiens errants en Roumanie, des pigeons à Venise, l'horreur absolue en Pologne, le désert en Afrique, ... Chaque voyage a sa pépite, toujours très personnelle. Les pépites se partagent, mais ne se comparent pas. Elles sont ces moments insolites que je rapporte dans mon sac à dos : une atmosphère, une ambiance, des rencontres, des échanges, des surprises, des odeurs, un son, une lumière, des textures, des fous rires, des larmes aussi, parfois. La magie du dépaysement, de l'émerveillement. Casser la routine, sortir de sa zone de confort, embrouiller son cerveau jusqu'à le faire bugger, l'obliger à prendre le petit chemin, là, et se rendre compte que le danger est souvent plus présent dans les choses qu'on fait par habitude, avec des gens qu'on connaît bien, qu'à l'autre bout du tarmac, avec des inconnus. La peur est à l'intérieur, renoncer à la dompter c'est comme s'habituer à subir les cris stridents d'une cornemuse en peau de chèvre (pas tout à fait morte) ou seulement penser à respirer parce que Christine and the Queens l'ordonne dans une chanson. La crise d'asthme est assurée. L'urticaire n'est pas loin.
Je me contrefous des mugs, des statues de la Liberté en plâtre ou autres souvenirs préfabriqués avec le sang des volcans, dans le meilleur des cas.
Alors non, n'insistez pas, je ne ramènerai pas de Birkenstock ! À personne !
De toute façon, mon sac à dos est trop petit.
