Pierre Simonet
Il avait encore 99 ans hier et se défendait d'être un héros, comme souvent les héros (cf. vidéos du professeur Ragoûlt). Il en avait des heures de vol au compteur, pépère. 250. Et des heures pleines, hautes en couleur, résistantes.
17 juin 1940. Plongé dans ses cours de maths, il entend l'appel du général de Gaulle dans le transistor et dès le lendemain file chez les Rosbifs. Le type s'engage dans les Forces françaises libres pour lutter contre l'Occupation allemande. Chacun ses loisirs de jeunesse. Le maréchal Pétain lui colle la gerbe.
Il voudrait choisir l'aviation, mais il n'a que 18 ans et pas encore le brevet de pilote, c'est ballot. Il deviendra officiellement aviateur quelques années plus tard. Alors nommé "observateur sur avion léger", il survolera les lignes ennemies pour collecter des renseignements à bord d'un piper (un petit engin avec deux ailes, qui fait vroum-vroum et parfois des pets foireux). Ses exploits sont alors innombrables (137 missions de guerre) au fil des mois, mais c'est le dernier qui restera dans les mémoires collectives.
8 mai 1945. C'est le jour de la Victoire. Le compagnon de la Libération est pris d'une illumination lumineuse et organise le plan de vol le plus audacieux de sa carrière, sans aucune autorisation hiérarchique.
Il prend en rase-mottes l'esplanade du Trocadéro, le pont d'Iéna, passe sous l'immense voûte de fer, survole le champ de Mars et redresse sur l'école militaire. Voilà. Ça, c'est fait. Le mec vient de passer entre les jambes de la tour Eiffel, comme un intrus sous la robe de Marilyn.
Le mec est mort hier et s'appelait Pierre Simonet.