Un long dimanche au bord de la mer
En vrai, nous n'étions pas partis pour aller au bord de la mer. Nous avions mis le réveil, rempli nos sacs à dos de victuailles, chaussé nos godillots de marche, attrapé nos bâtons de chez D4 et filé dans un coin pas très loin de Carca pour faire une rando dans les sous-bois. Hop ! 8 h 15, la voiture est garée. 9 h 15, on arrive en haut d'une côte, en sueur, la langue pendante, et là Fabien me dit : "C'est pas là, faut redescendre !" 🥴
Nous voilà de retour à la voiture. Et là, l'organisateur de la rando du jour regarde son application et me dit : "Ah oui ! C'était là !" 🥴
Un coup de flotte et on repart.
10 h, on est sur un chemin plat qui se sépare en deux. Fabien préfère aller à droite et moi à gauche. Je perçois le son des cloches des moutons et j'aimerais bien aller les voir. Mais on entend un chien aboyer au loin, à gauche justement.
Une espèce d'intuition commune, venue dont ne sait où, nous fait rebrousser chemin.
Quelle grande idée ! Un énorme chien blanc à la voix grave nous arrive droit dessus avec l'envie manifeste d'en découdre. Cette grosse bête n'est autre qu'un patou des Pyrénées, habitué à non pas rassembler les troupeaux de moutons comme le border collie, mais à les protéger des intrus. Et, il est aussi réputé pour son agressivité. Manifestement, pour lui, alors que nous sommes loin de son troupeau, nous ressemblons à des intrus. Un adepte de B*rdell*, très certainement. Ou de Z*mm**r. Ou de...
Les abrutis sont dorénavant trop nombreux pour qu'on les cite tous.
L'ours polaire marche derrière nous en aboyant à un rythme régulier, puis il se tait d'un seul coup. Ce qui le rend bizarrement deux fois plus menaçant. On n'arrive plus à évaluer la distance qui nous sépare d'un lit d'hôpital.
Fabien s'enfonce dans la boue du pied gauche sans broncher et, refuse catégoriquement de se retourner, arguant qu'il préfère ne pas savoir à quoi ressemble un patou des Pyrénées. Il m'écoute commenter les faits et gestes de notre danger poilu sur pattes. "Il s'est arrêté... Il marche à nouveau... Il renifle un arbre... Il marche à nouveau... Il lève la patte... Il pisse... Il marche... Il se lèche goulûment le fion... Il marche... Il se relèche le fion... Il marche..."
10 h 15, on est près de la voiture. Un grand type tout maigrichon, torse poil, vient de terminer son jogging. Il a une mine de déterré et les côtelettes en relief. Il sent assez mauvais. J'imagine les bactéries courirent sous ses aisselles. Lorsque je lui demande s'il a croisé le patou, il répond par la négative, mais nous raconte avec moult détails sanglants que son lévrier s'est récemment fait attaquer par un patou et a atterri chez le vétérinaire dans un piteux état. Celui que nous avons croisé, nous dit-il, appartient à la bergère plus haut et... "n'est pas commode". Fabien me chuchote très justement à l'oreille : "Encore une, comme ces emp*fés de chasseurs, qui croit que la Nature est à elle !"
Et, pendant cet échange, l'autre enfl*re de patou, douanier de profession, posait une pêche au milieu de la route, en nous toisant de loin ; l'air on ne peut plus satisfait de celui qui défèque pour marquer son territoire. À ce niveau-là, ce n'est plus un territoire, mais un empire ! Alexandre le Patou !
On se serait cru dans un western spaghetti. Il ne manquait que la musique d'Ennio Morricone. D'ailleurs, cette bête avait un peu le regard de Sentenza, la brute de Sergio Leone.
Nous avons terminé notre rando à quelques kilomètres, aux abords des ultraruines d'un château, suffisamment loin de ce fief trop bien gardé.
L'organisateur de la journée, avec le goût de l'aventure qui le caractérise, a ensuite proposé de me faire découvrir Gruissan, charmante ville au bord de la mer. Comment refuser ? Et surtout... pourquoi ?! 😊
Café en terrasse, balade sur la plage, ascension jusqu'à une autre ultraruine au-dessus du bled, jolie vue sur les toits rouges et la mer scintillante et, fatigués après une journée bien remplie, retour à la casa par l'autoroute.
La rando "patouesque" + l'air de la mer nous avaient bien ramollis. On aurait dit deux torchons à vaisselle après une cousinade.
MAIS comme l'organisateur de la journée ne fait jamais les choses à moitié, il avait prévu un dernier tour de manège pour terminer cette virée en beauté. Il est super fort pour les surprises ! Je ne m'y attendais pas du tout !
Et c'est dans une grosse dépanneuse jaune que nous avons rejoint nos pénates. Faire éclater le pneu avant droit à 120 km/h sur l'autoroute était tellement dépaysant ! Surtout sans roue de secours dans le coffre...
Le bruit, l'odeur, l'adrénaline, les soubresauts, il y avait tout ! Quel talent ! Je ne suis pas près d'oublier cette journée. Elle était tellement chargée en émotions que j'ai eu l'impression d'être partie une semaine à Disneyland ! 😂🥰
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