Les pisse-vinaigre
đ On ne peut plus regarder le sport. Ni le rugby, ni le foot, ni l'athlétisme, aucun sport en fait... ou peut-être le golf et la chasse à courre... et encore ! rien n'est moins sûr.
Donc, disais-je, on ne peut plus regarder une compétition sportive tranquillement, sereinement.
On ne peut plus retenir son souffle ou crier de joie quand des sportifs de haut niveau, exceptionnels, se dépassent et gagnent à la loyale après des années d'efforts parfois surhumains.
On ne peut plus écouter de musique sans trier en fonction de critères douteux. Ni visionner un film, détendu(e), ni s'esclaffer de plaisir et de surprise devant une cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques.
On doit ronger son frein plutôt que vivre l'instant présent.
On ne peut plus voyager ni découvrir d'autres cultures sans manquer de cohérence. On doit se contenter du camping de Palavas-les-Flots, ad vitam æternam.
On ne peut plus faire connaissance avec ses voisines lesbiennes, son collègue homosexuel ou son facteur musulman, sans se renier ou avoir peur d'être découvert.
On ne peut plus manger un bon couscous, un yassa poulet ni un mafé, sans avoir à se trouver des excuses minables.
On ne peut plus tomber amoureux sans cocher des cases.
On n'a pas accès à la beauté transgressive ni à la subversion artistique, deux indicateurs d'une société saine d'esprit critique.
On s'oblige coûte que coûte à marcher dans les clous, quitte à se les enfoncer dans les yeux.
On milite pour rebaptiser "Dix petits nègres" ou censurer "Des souris et des hommes", au nom de raisonnements tellement étriqués et fallacieux !
On ne supporte pas une trans barbue, un artiste nu peint en bleu, une femme qui ne veut pas d'enfant ou un homme qui décide d'épouser l'homme de sa vie.
On hurle au scandale avec la meute.
On se sent attaqué(e) par la liberté des autres ; leur incarnation est plus douloureuse qu'une morsure, alors qu'il suffirait de se laisser contaminer et d'oser être soi-même à son tour.
Au nom d'une morale rétrograde et d'une soi-disant déliquescence sociétale, on doit s'insurger de voir des gens heureux en couple ou en trouple, dans leur choix de vie, parce qu'ils sont là où ils ont décidé d'être et qu'ils se réalisent, sans nuire à personne.
L'épanouissement et le courage des uns amputent les autres, alors qu'ils pourraient les sublimer.
On ne peut plus faire tout cela lorsqu'on est raciste. On ne peut plus ! Rendez-vous compte ! On doit renoncer à tant de plaisirs ! tant de petites joies !
Être raciste n'est pas de tout repos, vous savez. C'est même épuisant. Frustrant et épuisant. C'est un handicap dans la vie d'être l'artisan de son malheur, de son aigreur, de sa haine. De sa rancœur, de son amertume. C'est un entraînement quotidien, qui exige des sacrifices personnels (et humains đŹ). Jeter de l'huile sur le feu, se battre contre soi-même peut s'apparenter à un sport de haut niveau tant certain(e)s restent focalisé(e)s sur leurs délires raciaux et réactionnaires ! Tant le fiel les dévore de l'intérieur, quoi qu'il arrive.
Telle une maladie auto-immune.
La flamme de la haine qui consume plutôt que la catharsis qui transcende.
Tous ces handicapés du bien-être, de la joie et de l'émotion, tous ces non-résilients, ces grincheux dangereux, devraient avoir une place dans les Jeux paralympiques 2024 !
Parce que c'est un handicap d'être à ce point coupé des autres et de soi-même. đ
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