Trac(t)

Publié le par La Zitoune

On distribue nos derniers tracts. On a collé nos dernières affiches. On peut encore jusqu'à ce soir minuit. Demain, samedi, la loi nous autorisera à parler politique mais la campagne prendra fin.

Fabien me fait remarquer qu'avec la tronche qu'il a et 10,6 millions de RN, il ne peut pas s'empêcher de faire du délit de faciès. Et que, pour ça, ils ont déjà gagné. Ça me rend triste. 
 
Face à nous, arrive un type rasé, tatoué, à l'air mauvais, pour ne pas dire à la mine patibulaire, habillé comme l'as de pique. Je dis à Fabien : "J'ai !", comme au volley. On va vérifier sa théorie.

Je tends un tract à Brutus. Il baisse les yeux, sans bouger le bras et lit. Déjà, il sait lire, c'est plutôt rassurant. J'avoue, en mon for intérieur, je n'en mène pas large. Je ne m'étais jamais sentie en insécurité avant ces élections législatives. Si ! en 2002, entre les deux tours de la présidentielle. D'ailleurs, je n'étais pas la seule puisqu'on était 1 000 000 à marcher, la gorge serrée, entre Bastille et République, sonnés puis effrayés, à roucouler le chant des partisans en boucle, comme un bouclier protecteur. À l'époque c'était irrationnel, mais c'est toujours facile de le dire après, aujourd'hui c'est extrêmement lucide. Personne ne le conteste plus vraiment. On va peut-être se taper un gouvernement majoritairement fasciste, dès lundi prochain.

Donc, le type lit mon tract avec la tronche sympathique de Poutou en gros plan
et l'empoigne avec entrain. Un grand sourire illumine son visage plein de balafres et découvre un râtelier à la Lord Voldemort. Il dit même "Merci !" et poursuit sa route. Ce n'est donc pas lui qui poignardera César. Ce genre de réaction réchauffe chaque fois le militant de base.

Je cherche Fabien du regard, fière de ma démonstration. Je le vois à quelques pas, devant une boutique de lingerie, et le connais suffisamment pour savoir que sa posture immobile et raide comme la justice n'augure rien de bon. Il est en train de se prendre le chou avec une vieille bourgeoise endimanchée le vendredi. Elle agite beaucoup son corps et le pointe du doigt. Elle est rabougrie et se hisse sur la pointe des pieds pour tenter d'impressionner son interlocuteur, tel un chat au poil du dos hérissé. D'ici, je ne vois pas si ses oreilles sont plaquées. Je m'approche et j'entends Fabien lui dire avec une voix toute douce, mais les dents serrées :

"Mais Poutou non plus on ne l'a jamais essayé !". 😂❤️

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Publié dans Thèmes d'actualité

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