Faites vos jeux ! Rien ne va plus !
Hier, nous avons fêté les 28 ans de la jolie et pétillante Sarah, ma belle-fille. Direction Toulouse. Il pleut, il mouille, ça caille sa race.
Le Martiniquais, évidemment, se pèle plus que la moyenne, les meules, et tout le reste (🤏). Il marche tout voûté, en bêlant comme un bouc mal rasé. J'ai l'impression qu'on a sorti Pépé de l'EHPAD pour une petite promenade dominicale. Samuel, mon beau-fils, plein de sagesse pragmatique, lui dit de se décontracter et de laisser venir le frisson, d'accepter d'avoir froid pour le vivre mieux. Alors nous marchons tous tout mous sur le trottoir, genoux pliés et bras ballants, comme des guimauves fondues. On dirait les Monty Python.
Mais le Martiniquais, cryophobe sur les bords, n'est pas du tout convaincu. Il fait tout haut le compte de ses déboires :
"Le vent ! La pluie ! Le froid ! Tout ce que j'aime putaing sa mère la p*te !"
Je n'ose lui faire remarquer que si sa fille est née un 8 décembre, il y est quand même pour quelque chose...
Il accélère le pas en grelottant et fait de grandes enjambées. Je mouline sur les feuilles glissantes, mais reste collée au peloton de tête.
Nous filons dans un bar à jeux, leur dada. L'endroit est assez magique. Des boîtes de jeux par centaines attendent les joueurs sur des étagères, classées par thèmes.
Il y a du monde, il fait chaud, le thé ravigote, la buée ruisselle le long des vitres, les murs semblent transpirer. Je pense au COVID et puis j'oublie. C'est la vie.
On joue d'abord à une sorte de Monopoly moderne avec des cartes.
Sarah, Nizar (son très sympathique amoureux transi) et Sam sont rarement d'accord sur les règles à appliquer. Ça m'amuse beaucoup.
La partie progresse. Je me sens comme une grosse capitaliste pétée de thunes. J'ai même un appartement vers la tour Eiffel ! Et deux gares !! Jusqu'à ce que Sarah me vole sans vergogne toutes mes propriétés des quartiers chicos de Paris, avec une maison ET des bonus. J'ai les boules, mais j'dis rien. Elle a de la chance que ce soit son anniversaire ! Puis Sam et Nizar me piquent tout mon pognon ! Les enf**rés ! Et Fabien, ce traître de Judas ! ce Q gelé (🤏) ! m'achève en me spoliant ! Le reste de mon parc immobilier si durement acquis part en fumée !
Je déteste cette famille. 😤
Puis Sarah nous explique les règles d'un nouveau jeu, vendu uniquement sur Internet (tu m'étonnes !). Nous sommes en Allemagne au début des années 30. Ça commence bien... Deux équipes vont s'opposer : les libéraux et les... fascistes. Gné ? 😳 Il s'agit d'un jeu de déduction. Chacun jouera un rôle tenu secret. Les joueurs vont devoir échanger pour savoir qui est libéral et qui est un gros facho des fagots. Il faudra mentir comme un arracheur de dents (cf. "Marathon Man") et chercher son ou ses alliés autour de la table.
L'équipe qui gagne est celle qui parvient à promulguer des lois, fascistes ou libérales. Donc. Selon. Voilà voilà.
Les cartes sont distribuées, les règles plus ou moins intégrées. J'ai l'impression d'être dans une autre dimension. La Troisième peut-être...
J'entends Sam demander à sa sœur aînée si elle est fasciste et Fabien me dire avec un large sourire carnassier qu'il m'a tuée et que je ne peux donc plus jouer.
Mon propre mec vient de m'exécuter, en public, et tout le monde s'en fout ! Personne n'arrête sa partie en cours aux autres tables pour prendre mon pouls et masser mon petit cœur meurtri. Je me vide de mon sang sur ma chaise, sous le regard indifférent de Love, la chienne de Sarah et Nizar.
Je m'en souviendraiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !
Puis Nizar accuse sa dulcinée d'être vérolée jusqu'à la moelle par la gangrène totalitaire. Celle-ci, outrée, lui rétorque : "Non ! moi je suis gentille ! C'est toi le facho !"
Ahhhh l'Amouuuur !
Un Président est élu, qui choisit un Chancelier, un nouveau gouvernement est formé, on vote "Ja" ou "Nein" (oui ou non), des sessions législatives et exécutives se succèdent, des cartes sont défaussées, ...
Le jeu progresse, puis LES FACHOS GAGNENT !!! 😵💫
Je suis morte depuis de longues minutes, exsangue, mais atterrée quand même.
Personne n'a trouvé qui était le plus gros méchant de la partie...
Et là, sous mes yeux stupéfaits, abasourdis, ébaubis, ahuris, éberlués, étourdis, pétrifiés, interdits, interloqués, épatés, époustouflés, estomaqués, décontenancés, émerveillés, médusés, horrifiés et sidérés, je vois FABIEN tendre le bras au-dessus de sa tête et, au bout de ses doigts, pendouiller le portrait de... HITLER !!! Il était ADOLF !
Je savais qu'il avait la fureur de vivre, mais pas à ce point-là !
Et son complice était NIZAR ! (Au début, avec Fabien, on se trompait régulièrement et c'est le prénom NAZIr qui sortait ! Tout s'explique ! 😅)
Un juif et un musulman ! Mais de qui se moque-t-on ???!!! 😂
J'adore cette famille de révisionnistes. C'est aussi la mienne maintenant. ❤️
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