Escapade à Barcelone
Ça faisait longtemps que je voulais visiter cette ville, dont j’ai gardé un lointain souvenir, en voyage avec mes parents lorsque j’avais une dizaine d’années. Je ne me souviens que de la Sagrada Familia en construction. Mon chéri n’est pas présent lors de cette escapade. Je fonce seule en Espagne alors que lui file à Angers. A peine 4 heures de Flixbus et je vais pouvoir crapahuter à ma guise.
Quelques infos avant de partir :
La capitale de la Catalogne sort du lot par son architecture et Fabien rajouterait son équipe de foot mythique : le Barça (FC Barcelone), que l'on vient supporter au stade le Camp Nou. Elle est un symbole de la résistance catalane face au pouvoir de Madrid.
La région de Catalogne dispose d’une large autonomie. Elle a un président, des conseillers, sa propre police, son budget et sa langue.
Ici, on parle le catalan. Le x catalan se prononce comme notre « ch ». L’espagnol (le castillan) est en général compris, mais nombre d’habitants parlent un peu le français. 1 660 000 habitants peuplent la ville (sans la périphérie). Sans parler du flot incessant de touristes, qui nécessite d’avoir des billets coupe-files achetés sur Internet préalablement aux visites !
La danse nationale catalane s’appelle la sardane. Les rondes se forment à l’appel d’une petite flûte (flabiol).
À Barcelone, 8 bâtiments sont classés au Patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, dont 7 de Gaudí (prononcer Gâodi). C’est un record mondial pour une seule ville ! Les chefs d’œuvre de Gaudí et de ses confrères cohabitent paisiblement avec une architecture gothique et avec… les plages.
Le modernisme ici correspond à l’Art nouveau chez nous.
Antoni Gaudí (1852-1926), architecte catalan de nationalité espagnole. Son travail a marqué de façon durable l'architecture de cette ville. Après des débuts influencés par l'art néogothique et par des tendances orientalistes, Gaudí aboutit à l'Art nouveau (« modernisme catalan »). Cependant, il alla bien au-delà de l'art nouveau orthodoxe, créant un style personnel fondé sur l'observation de la nature mais aussi sur l'utilisation de surfaces géométriques réglées. Bien souvent, ses réalisations, ne possédant pas d'angles droits, sont ondulantes et asymétriques. Par l'étude et la pratique de solutions nouvelles et originales, l'œuvre de Gaudí trouve son aboutissement dans un style organique, inspiré par la nature, certes, mais qui ne perd rien de l'expérience apportée par les styles antérieurs. Une œuvre architectonique qui est une symbiose parfaite de la tradition et de l'innovation, nous dit le Guide du Routard. C'est ainsi que toute son œuvre est marquée par ce que furent les quatre passions de sa vie : l'architecture, la nature, la religion et l'amour de la Catalogne.
L’architecte est mort accidentellement, écrasé par un tramway. Ca alors...
Un serpent couvert de morceaux de céramique et de mosaïques colorées, qui ondule… C’est ma vision de cet immense artiste avant mon départ. Un homme qui avait le sens du détail. Un homme rond.
Joan Miró et Salvador Dalí étaient également tous les deux catalans.
Il paraît que Picasso détestait Gaudi.
Il y a ça et là des vestiges de la muraille romaine.
En route pour les bars à tapas !
« Paella et sangria » n’ont rien de catalan… (tout comme le flamenco !)
Manger à table coûte beaucoup plus cher qu’au bar. Il faut le savoir ! D’ailleurs, dans les tascas (bars dédiés aux tapas), on mange accoudé au comptoir.
Ne pas confondre bocadillo (sandwich), sandwich (toast ou croque-monsieur) et tostada (pain grillé).
C'est une tapa (nom féminin !).
J'aime assez ces escapades en solo, de temps en temps. Elles permettent de se recentrer et d'apprécier pleinement ce que l’on a. Je fonce à Barcelone !
Enfin... je fonce... façon de parler, puisque le car est en panne à Toulouse ! On reçoit tous des SMS qui retardent le départ de demi-heure en demi-heure. Pas grave, je chauffe ma carcasse au doux soleil de printemps sur un banc. Je viens d'exercer mon espagnol rudimentaire avec une Barcelonaise, qui ne comprenait pas pourquoi tous ces Français grognaient bruyamment en regardant leur téléphone.
Elle s'appelle Rosser. "En catalan, on prononce Rossé"… m'a-t-elle précisé. Elle est jolie comme un cœur, d'une mère espagnole catalane et d'un père chilien. Elle doit crever de chaud avec ses collants et ses grosses chaussures ! me dis-je distraitement.
Rosser me parle de Barcelone comme d'une ville qui grouille de monde, tout le temps, où la culture est reine et la chaleur estivale insupportable. Elle aime sa ville.
Rosser a un amoureux carcassonnais, à qui elle rend souvent visite, quand lui ne descend pas. On échange nos numéros de téléphone. Elle m'appellera pour un café et une balade dans Barcelone. Je ferai de même à Carca. Elle me conseille une carte économique de transports en commun. Elle me tend un gâteau sec, je lui propose un chewing-gum. C'est chouette ces rapports simples !
Ah voilà le bus ! Une heure de retard, ça va, il n'y a pas péril en la demeure. Les Espagnols s'avancent en silence. Les Français bougonnent. J'ai choisi mon camp. Je suis une grosse feignasse et ne vocifère que si mes grognements peuvent faire changer les choses. Sinon, ça me fatigue. Là, en l'occurrence, le pauvre chauffeur aurait sans doute aimé ne pas tomber en panne et rentrer à l'heure chez lui, donc aujourd'hui j'ai décidé d'être espagnole. Je fais remarquer à un vieux schnock qui parle fort et en boucle de se faire rembourser son billet, qu'il ne l'a payé qu'une vingtaine d'euros et qu'une heure de retard ce n'est finalement pas grand-chose. Il me regarde comme si j'avais trahi les miens, mais ferme sa clapante. Alléluia ! Quel chieur !
Je cherche la place 20 E. Un type affalé à la 20 C me dit : "Elle n'existe pas… ça s'arrête à D". Super ! Je peux donc me mettre où je veux... et ce sera là ! J'ai deux places pour moi et mon petit sac hé hé hé ! J'aperçois Rosser coincée entre la fenêtre et un barbu. C'est ça les jolies filles, elles ont rarement la paix.
C'est tout le temps la même chose et je ne m'explique pas pourquoi... il suffit que je m'installe dans un car, un train, un avion... pour que ma faim se réveille. J'ai une de ces dalles ! Mon estomac fait des bruits de lavabo qui se débouche et mon sandwich de midi me fait de l'œil à 10 h...
En Espagne, on mange tard...mais là je suis encore en France... Alors à quoi bon résister ? 😆
En plus, si je ne pense qu'à bouffer, je ne pourrai pas me concentrer correctement sur les conversations autour de moi. Et ce serait dommage, parce que j'aime ça... et que ça jacte à fond ! 😁
Un petit contrôle de la douane, qui embarque un mec avec les menottes... et me voilà à Barcelone. Je sors de la Estacion del Norte (qui n'est pas tellement au nord) et me dirige vers mon hôtel (vraiment au nord). Je passe devant la casa Calvet conçue par Gaudi. Elle a une façade baroque et, d'après le Guide du Routard, son relief évoque des champignons. Ce serait un clin d'oeil de l'architecte au propriétaire passionné de mycologie. Je cherche encore les champignons !
Une fois mon sac délesté dans ma minuscule chambre d'hôtel-auberge, je suis passée devant le palau Macaya, très orientalisant, avant d'aller admirer la Sagrada Familia, puis de passer devant l'hospital de la Santa Creu, la casa Vicens - monument d'envergure et oeuvre de jeunesse de Gaudi - et de déambuler dans le quartier de Gracia, celui des bobos barcelonais. J'ai adoré l'ambiance dans les rues ! Ce quartier a gardé une ambiance populaire. J’ai crapahuté de placette en placette, découvert la carrer de Torrijos et la carrer Gran de Gracia. Les Barcelonais sont dehors et il y a peu de touristes. C’était ma foi bien agréable !
Un mot sur la Sagrada Familia : cette basilique est l’œuvre de la vie de Gaudí, qui dormait parfois sur place, au milieu des gravats et des échafaudages. Elle est l’édifice emblématique de Barcelone. On peut parler de l’imagination flamboyante de l’architecte ! Elle était inachevée à sa mort, en 1926, et elle l’est toujours ! C’est un vaste chantier quasi permanent. J’ai admiré à deux reprises les extérieurs, époustouflants ! mais pas l’intérieur. Je m’y suis prise trop tard pour réserver sur Internet et, de toute façon, le prix était prohibitif. Pas loin de 45 € ! C’est du foutage de gueule caractérisé. Qu'ils aillent au Diable !
Le financement de ce chantier titanesque (et interminable) provient entièrement de dons privés, selon le vœu de Gaudí. Pas un euro ne provient du gouvernement de Catalogne, aucune subvention publique n’est accordée par l’Etat ou l’Union européenne. Remarquable respect de la laïcité et de la séparation de l’Eglise et de l’Etat ! Mais 45 balles ! Sont locos ! C'est que ça en fait des tapas !!! 😋
La casa Sayrach au n° 423-425 Diagonal...
J'hésite, un peu fatiguée, à rentrer me coucher... mais finalement non, je traverse la ville en diagonale ha ha ! À l’ouest de Barcelone, les anciennes arènes - habillées de briques et d’azulejos - voyaient agoniser plus de 200 taureaux par an. Aujourd’hui, elles sont un complexe commercial. Depuis le toit, panorama à 360 ° sur la ville et Montjuïc. On peut y accéder gratuitement grâce aux escalators.
Au pied des arènes, le parc Joan Miró et sa statue de 22 m de haut, signée… Mirò. Elle s’intitule « Femme et oiseau ». Un monsieur âgé nourrit des dizaines de perruches vertes, qui chantent beaucoup, à proximité de l'humain. Il tend la main, elles se servent.
18 km à pied dans l'après-midi. Fourbue je suis. Fait beau. Je kiffe déjà cette ville. Les gens sont adorables, serviables, ils renseignent très facilement. Bonne bouffe : empanadas à la viande et aux épinards. Ça vit, la jeunesse est là, les touristes aussi. Dodo. 😁
Zavez qu'à faire des phrases vous-mêmes ! 😆
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