Les invités de mon père / Anne Le Ny

Publié le par La Zitoune

Un film français tout en finesse psychologique, réalisé par Anne Le Ny, avec Karin Viard, Fabrice Luchini et Michel Aumont.

Lucien Paumelle/Michel Aumont, un médecin à la retraite, toujours très engagé dans des causes humanitaires, entré dans la Résistance à 17 ans, a un parcours grandiose reconnu par tous. A 80 ans, il contracte un mariage blanc avec une jeune moldave - Tatiana (Veronika Novak, une bombe anatomique) - afin de lui éviter l'expulsion du territoire français. Elle s'installe avec sa fille chez Lucien, mais les deux enfants de ce dernier - Babette/Karin Viard (médecin généraliste dans un dispensaire) et Arnaud/Fabrice Luchini (avocat en droit des affaires) - vont s'apercevoir que leur père n'est peut-être plus maître de ses sentiments et sans doute en train de se faire plumer par Tatiana.

Luchini endosse à merveille le rôle du fils turpide, prompt à juger son père. On le découvre plein de rancoeur, il lui reproche de s'être occupé de toute la misère du monde mais pas assez de lui. On imagine que son choix de carrière est une révolte, son épouse sans diplôme une volonté de faire différemment, peut-être par provocation. Une sorte de résolution dans la détestation. Il est accolé d'une soeur qui ne vaut pas mieux, mais dont le parcours est inversé.

Un père idôlatré à qui elle n'a cessé de vouloir plaire en adoptant sa profession, ses combats, ses idées et même ses goûts littéraires et musicaux. 

Le frère et la soeur, assez éloignés l'un de l'autre dans la vie quotidienne, vont se rapprocher à travers cet événement familial. Ils vont devoir revisiter leur relation respective à leur père, d'abord dans la confrontation, puis dans la complicité. Le premier va se rendre compte qu'il aime son père plus qu'il ne veut bien le dire, la seconde va se débarrasser de l'image idéalisée d'un père tout-puissant qui lui coupe les ailes. Ils se mettent à le regarder comme un homme, avec ses défauts et ses côtés sombres, et plus comme une icône inaccessible, un modèle encombrant pour faire sa vie. Le piédestal n'est plus.

Arnaud finira par se rapprocher sereinement de son père, alors que Babette s'en éloignera sainement, pour enfin mener leur propre vie, libérés du pater familias.

Ces relations fraternelles sont saisissantes de verdeur, de réalisme aussi. Le frère et la soeur s'emmêlent les pinceaux dans une problématique personnelle qui les dépasse, avant de se réconcilier en profondeur. La rivalité qui les maintenait à distance s'évapore : il reconnaît qu'elle a souffert aussi et elle s'excuse de ne pas l'avoir défendu.

Tout est décortiqué, dans le moindre des ressorts familiaux. On trifouille les névroses des uns et des autres. On rit aussi, mais un peu jaune.

Les dialogues sont tordants et crus.

- Arnaud dit à Babette (en parlant de Lucien) : Il m'a volé ma crise de la cinquantaine et couche avec une bombe de 20 ans de moins que moi ; ce à quoi sa soeur lui répond : Tu devrais faire ton Alzheimer avant lui, ça lui ferait les pieds.

- Lucien, allongé sur un transat à côté de son fils lui dit : Je ne sais pas pourquoi tout le monde s'évertue à me faire passer pour un vieillard. Je suis peut-être déjà mort et personne n'ose me le dire.

Anne Le Ny s'est attaquée à un tabou social : celui de vivre la fin de sa vie comme on l'entend, sans avoir de comptes à rendre à sa progéniture élevée, majeure et vaccinée.

Combien de parents ont-ils été amenés pour une raison ou une autre à subir l'intégrisme de leurs enfants ? De quel droit se permet-on de critiquer les choix de ses géniteurs ? De quel droit les infantilise-t-on ? Les déresponsabilise-t-on ? Pourquoi les enfants ont-ils ce besoin tripal de considérer leurs parents comme des êtres asexués dès lors qu'ils sont vieux ? Comment peuvent-ils imaginer savoir mieux qu'eux ce qui leur est bon ? C'est à ces questions que tente de répondre ce film, alors qu'au départ il s'agissait de traiter du sujet des immigrés clandestins. On entre plutôt dans les méandres sinueux et souvent inconscients des rapports fraternels et parentaux.

Ce film est somme toute un peu brutal. De la bonne brutalité, de celles qui ne font pas mal au corps, mais réfléchir en profondeur. J'ai beaucoup aimé (trois très bons acteurs) et mon amie Véro aussi ; nos mômes ont dit "Ouaich" sans grande conviction mais ce sont des ados... Autant demander à un esquimeau s'il veut de la glace dans son whisky. 

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L
<br /> Ouais !!! enfin Véro laisse un commentaire sur mon blog ! Chui trop contente. Je partage tout ce que t'as écrit. Bisous ma grande sauterelle :-)<br /> <br /> <br />
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V
<br /> Salut, moi c'est Véro, dans le rôle de la copine qui a vu le film avec Sylvie (en compagnie de nos mioches respectifs) !<br /> Je ne manipule pas la prose aussi bien que Sylvie, mais j'ai également aimé ce film qui fait réfléchir, à partir du moment où l'on se pose des questions sur la dynamique familiale.<br /> ces scènes et ces dialogues (très fins)font écho à du vécu qui existe en chacun de nous.<br /> J'ai aimé la précision de certains détails comme les tenues vestimentaires (surtout Babette qui s'habille de façon à passer inaperçue, peut-être pour ne pas faire de l'ombre à son père et qui prend<br /> vie dès que l'image du père idéal est tombée).<br /> D'autre part, j'en ai retiré une reflexion sur le jugement de valeur, la toute puissance, l'inversion des rôles dès que nos parents vieillissent (leur infantilisation), leur sexualité toujours<br /> taboue, et aussi cette inquiétude des enfants adultes envers leur parent qui rend ce frère et cette soeur attachants, malgré ce qu'ils sont capables de mettre en oeuvre afin de reprendre le<br /> contrôle sur la vie de leur père.<br /> A la sortie du cinéma, j'ai entendu le commentaire d'une dame disant :"je me suis ennuyée", et bien moi, pas du tout !<br /> <br /> <br />
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