Eloge de la pensée utopique

Publié le par La Zitoune

Qu'est-ce qu'une utopie ? Un projet imaginaire d'une réalité et d'une société autres.

- L'utopie sociale n'a jamais l'air de s'adresser au monde entier. Le plus souvent, elle se situe sur une île, comme celle de Thomas More (fondateur du terme utopie) ; il parle de la "meilleure des Républiques".

- Le deuxième thème récurrent des utopistes (dont le catalogue des auteurs est énorme) porte sur la question de la famille et de la sexualité, qui sont différentes. L'altérité allant de la communauté sexuelle au monarchisme ou au paramonarchisme généralisés, et de l'eugénisme à une sexualité sans reproduction. Souvent, il y a absence de vie privée, le mariage est critiqué (idée de propriété), les femmes sont mises en commun et la famille n'existe pas. La vie sexuelle est surveillée.

- Un troisième thème est celui de la propriété ou du mode d'appropriation des biens, que ceux-ci soient la terre, l'argent, les immeubles, les instruments de production, ... Le mode allant du plus ascétique au plus somptuaire (cf. les urinoirs en or de l'utopie de Thomas More). La propriété privée n'existe pas et la satisfaction des biens est commune ; il y a mise en commun, communisme de répartition plus que de production.

- Le moralisme des utopistes se retrouve dans une vision de l'argent sale et corrupteur. La monnaie est souvent bannie et le commerce, considéré comme impur, est souvent inconnu.

- L'économie de l'utopie est essentiellement agricole, tout travail non agricole étant perçu comme corrupteur. Ovide - dans Métamorphoses - a une conception d'une société sans contraintes et sans armes, vouée à l'économie de la cueillette et vivant dans un "printemps éternel" : Alors coulaient des fleuves de lait, des fleuves de nectar, et le miel fauve, goutte à goutte, sortait de l'yeuse verdoyante.

- Un autre thème de l'utopie est celui de la religion ou du mode de festivité culturelle. Ce peut être le triomphe d'une religion sur toutes les autres, ou le dépérissement de toute religion, ou encore l'émergence d'une nouvelle religion de relève.

Qui sont les Aborigènes ? L'origine des premiers Australiens remonte à plus de 40 000 ans. Ils représentent la plus ancienne culture encore vivante sur Terre et ont laissé des traces au cours des millénaires sous forme de petits groupes.

- Il serait un peu facile de comparer le continent australien aux îles des utopistes, mais on peut noter que ces peuplades ne ressemblent, physiquement et moralement, à personne d'autre au monde.

- En ce qui concerne les structures sociales des Aborigènes, la tribu se compose de plusieurs groupes locaux qui, si les ressources alimentaires le permettent, s'associent la plus grande partie de l'année. Chaque groupe, auquel on participe par la lignée mâle, considère un secteur du territoire tribal comme son "pays". Dans leur préexistence, en attendant l'incarnation et la réincarnation, les esprits des membres sont censés avoir toujours séjourné autour du point d'eau où s'établirent leurs ancêtres.

- Un système de classification détermine la place de chacun et un code des conduites est établi, basé sur les liens reconnus de parenté indirecte, sur les liens apparents de générations, sur l'appartenance au clan ou à d'autres groupes, et sur l'affiliation rituelle. Le mariage, tributaire des règles de parenté, élimine la notion de propriété, au sens d'un choix libre.

- Le comportement sexuel des Aborigènes est sans complexes. Rituels, danses, presque tous les aspects de leur vie semblent avoir une signification sexuelle ; ils laissent libre cours à leurs instincts.

- Inutile d'épiloguer sur le thème communautaire tout à fait inhérent à la culture aborigène. Bien sûr, la monnaie et l'aspect matérialiste des choses n'existent pas. La prospérité n'est pas une préoccupation.

- Arpentant, au gré des saisons, forêts et déserts en quête de gibier, de fruits mûrs, de racines et de trous d'eau, les Aborigènes australiens vivent de chasse et de cueillette. Ils ne pratiquent ni l'élevage ni l'agriculture. La Nature est la reine.

- Enfin, les Aborigènes sont "emprisonnés" dans un cocon de mythes, de totétisme et de crainte des esprits. Ils sont attachés à la terre par des liens religieux et profonds et se considèrent comme les égaux des animaux et des plantes. Tout comme dans la pensée utopique, le rapport au sacré prédomine et se matérialise, dans leur cas, par des danses cérémonielles.

La société aborigène ne pourrait-elle pas représenter une utopie à part entière et avoir été imaginée par un auteur utopiste qui n'aurait pas eu connaissance de cette culture lointaine ? Pourrait-on parler d'une utopie réalisée puisque les Aborigènes existaient bien avant les utopistes ? Ne serait-ce alors qu'un simple retour aux sources ? à la Nature ? au "bon sauvage" de Rousseau ?

D'un point de vue écologique, duquel il serait temps de tout considérer, le mode de vie des Aborigènes est le plus accompli. Ils ne prélèvent de la nature que le strict nécessaire, ignorent le principe de superflu et n'infligent à la Terre que des blessures minimes et superficielles. Mais, bien sûr, cela reste possible car ils sont peu nombreux. Si tous les Australiens décidaient demain d'adopter ce mode de vie, il en résulterait une catastrophe immédiate et l'extermination de l'ensemble de la faune et de la flore.

Sans parler de la constante expédition survie que représente la réalité quotidienne des Aborigènes, qui est bien éloignée de l'idéal paradisiaque dont rêvent certains, lassés de la civilisation.

A partir de l'arrivée des Britanniques en Australie, en 1788, les Aborigènes n'ont cessé d'être décimés. Un siècle plus tard, ils n'étaient plus que 70 000 environ, soit bien moins du quart de la population originale. Les survivants ont été relégués dans des réserves ou ont tenté de se réfugier dans des régions où aucun Blanc n'était capable de les suivre. Ce statu quo lamentable a perduré jusqu'après la première moitié du XXe siècle.

Il apparaît clairement que le monde dans lequel vivaient les Aborigènes ne faisait pas envie aux Occidentaux de l'époque.

Aujourd'hui, les Aborigènes sont reconnus, ont de nombreux droits et semblent partis sur la piste de leurs racines. Mais la plupart ont quitté la vie nomade et vivent dans des conditions inacceptables, où le chômage et l'alcoolisme font des ravages. Pour les Aborigènes, l'anti-utopie n'aurait-elle pas des couleurs occidentales ? (Christophe Colomb, féru du sujet, ne pourra malheureusement pas répondre à cette question, il est mort le pauvre).

Leur différence a failli provoquer leur disparition, aujourd'hui elle suscite réflexions et interrogations sur notre propre société, qui tremble de ses certitudes. De plus en plus, les cultures occidentales admettent que nous sommes tous une partie du monde, avec lequel nous devrions nous efforcer de vivre en symbiose.

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Et peut-être qu'alors s'ouvrira notre âge des songes.

Et peut-être qu'alors s'ouvrira notre âge des songes.

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