Eloge de la purée
Léo est très malade. Caché sous la couette, près de sa mère qui le veille comme le lait sur le feu, il vient de lui lancer : Maman, tu pourrais me faire un éloge de la purée ? Cette chose jaune plus ou moins compacte qu'il avale depuis quelques jours ; seul aliment qui lui fait envie et qu'il arrive à garder dans son petit corps douloureux.
Qu'est-ce donc que la purée ? Nous nous contenterons d'un éloge de la purée de pommes de terre, parce qu'évidemment on peut faire de la purée de n'importe quoi : de pois, d'oignons, d'oseille, de marrons, ... Aucune limite n'existe dans ce domaine, si ce n'est celle des goûts et des couleurs.
Chaque famille a l'impression de faire la meilleure purée du monde. Chacune a sa façon de la préparer, sa technique particulière, son petit truc qui change tout, et bien sûr la rend unique. Certains font l'apologie de la cuisson des pommes de terre au four, d'autres les crèment, les beurrent, les passent au moulin à légumes, au tamis ou bien encore les écrasent au presse-purée manuel.
L'impression de mériter les honneurs de la meilleure purée est donc largement répandue, et loin de nous l'idée de blesser les espoirs secrets de quiconque sur la planète ! Ce n'est qu'un constat sans arrière-pensée (enfin presque...).
OK, je me lâche : la préparation de la purée est quand même un peu dogmatique, et les puristes régionaux se querellent dans les cuisines, y compris celles des grands chefs.
La purée est un sujet politique extrêmement sensible, à manier avec des pincettes.
Je prends quand même le risque de vous donner MA recette, qui rivalise de simplicité, de banalité, voire de médiocrité, avec toutes les purées des femmes et des hommes qui n'aiment pas faire à bouffer :
1. Balancez les pommes de terre dans une casserole de flotte frémissante et salée. ATTENTION ! c'est pas la peine d'attendre les gros bouillons, les pommes de terre détestent ça ! ça fait gonfler leurs amidons et elles explosent !! Ces créatures sont somme toute assez délicates. Respectons-les.
2. Piquez la chair avec une fourchette (ou un couteau - on s'en fiche !). Si les dents de la fourchette se tordent, c'est que les pommes de terre ne sont pas cuites, si ça s'enfonce, vous pouvez les sortir de l'eau et les éplucher. A cet égard, il existe un ingénieux ustensile de cuisine appelé économe, qui facilite beaucoup la tâche de l'épluchage (assez laborieuse, d'où la fameuse expression être de corvée de patates).
3. Lancez les individus nus dans un plat et écrabouillez-les avec tout ce qui vous tombe sous la main : savate, pelle à tarte, verre ou encore grosse cuillère. Mais allez-y, faut que ça finisse en purée !
4. Ajoutez du beurre, du sel, du poivre, de la noix de muscade râpée et un peu de lait pour éviter la sensation de ciment au fond de l'estomac, et les grumeaux !
5. Ensuite, vous appellez d'une voix de tête enthousiaste tout ce qui vit sous votre toit : A tableeeuu ! ; et tout le monde se dépêche de manger parce que la purée ne supporte pas d'être réchauffée. La purée se mange immédiatement ou ne se mange pas.
Eventuellement, vous pouvez rajouter du gruyère râpé, du jus de viande dans le puits et/ou du jambon coupé en morceaux, ou encore deux chipolatas pour décorer.
Vous pouvez aussi : découper le sachet de flocons déshydratés avec des ciseaux, le vider dans un récipient avec de l'eau et du lait et mettre le tout au micro-ondes pendant 5 minutes. Dans ce cas, soignez particulièrement l'assaisonnement si vous voulez faire illusion en déposant la purée sur la table : C'est moi qui l'ai faite ! Et n'oubliez pas de pousser l'emballage au fond de la poubelle, ne le laissez pas en surface vous vous feriez bêtement démasquer.
La purée se mange en regardant le superbe tableau de Van Gogh : Les mangeurs de pommes de terre (1885), en compagnie de Monsieur Patate.
Un peu de français pour mon loupiot qui loupe les cours : une pomme de terre est construite avec un nom + une préposition + un nom, mais le pluriel ne se marque que pour pomme ; des pommeS de terrE → car il est sous-entendu que ce sont des pommes de LA terre.
Le terme "patate" désigne dans un langage familier une personne que l'on considère comme un peu niaise. On dira par exemple : Untel est une patate !
A noter que dans certaines contrées ce n'est pas une insulte mais une marque d'affection.
Dadine est une foutue patate de Bretagne ! Ou bien encore : Elisabeth est une sacrée patate de Seine-et-Marne ! Et je ne parle pas de cette grande patate de Véro, ou de cette chtite patate à lunettes de Simone, toutes deux du Val-d'Oise ! Sans oublier : Ma chère patate à roulettes de la Loire !
Des expressions populaires font allusion à la pomme de terre et à la purée :
• En avoir gros sur la patate : en avoir gros sur le cœur.
• Avoir la patate : être en forme.
• Mettre une patate : donner un coup.
• Se renvoyer (ou se refiler) la patate chaude : se renvoyer l'un l'autre un problème embarrassant.
• Être gros comme une patate : avoir un surplus de poids significatif.
• Être dans la purée : être dans la gêne financière.
• Envoyer, balancer, lâcher la purée : définition censurée par la rédaction.
De nombreux synonymes existent pour le mot purée ; en voici quelques-uns, plus ou moins familiers : bouillie, bourtouillade, coulis, estouffade, garbure, débine, dèche, misère, mistoufle, mouise, mouscaille, panade, pauvreté.
Un peu d'histoire/géo pour mon loupiot qui loupe les cours : les historiens et anthropologues ne cessent de rappeler que la pomme de terre est originaire de la Cordillère des Andes, en Amérique du Sud, et que son utilisation remonte à environ 8000 ans. Elle a été ramenée en Europe par les conquistadors espagnols vers la fin du XVIème siècle, et tout d'abord destinée aux pauvres. C'est Antoine Augustin Parmentier (1737-1813), pharmacien et agronome, qui a contribué à la popularisation de la culture et de la consommation de la pomme de terre en France. Pour le remercier, on a donné son nom à une station de métro parisienne vers République.
Ses qualités nutritives (protéines, glucides, minéraux, vitamine C) et sa facilité de culture font que la pomme de terre est devenue l'un des aliments de base de l'humanité, figurant parmi les légumes et les féculents les plus consommés.
Un peu de SVT pour mon loupiot qui loupe les cours : la pomme de terre est un tubercule comestible produit par l'espèce Solanum tuberosum, appartenant à la famille des solanacées. Les feuilles, caduques, mesurent de dix à vingt centimètres de long, comptent de 7 à 9 folioles de tailles hétérogènes, et présentent plus ou moins de poils à leur surface.
Un ennemi redoutable de la pomme de terre (et donc de la purée) est le doryphore : un insecte prolifique de l'ordre des coléoptères ; ce saligaud anéantit le feuillage des plantes en les dévorant, le goinfre !
Le fruit de la pomme de terre est une baie, qui ressemble à une petite tomate. ACHTUNG ! : il n'est jamais comestible.
La pomme de terre a longtemps été classée parmi les plantes toxiques ! Ca alors... c'est pour ça qu'il faut toujours les conserver dans l'obscurité.
Un peu de mathématiques pour mon loupiot qui loupe les cours : une "patate" est une courbe fermée sans forme bien définie qui représente un ensemble. On dit aussi "patatoïde".
Un peu d'anglais pour mon loupiot qui loupe les cours :
• pomme de terre = potato ;
• patate = spud (fam) ;
• purée = mashed or creamed potato(es).
Une chose est sûre : il vaut mieux avoir la frite qu'être dans la purée !
Voir aussi Eloge de la tomate : http://zitoune.over-blog.fr/article-34815534.html et Eloge de la vodka : http://zitoune.over-blog.fr/article-32594198.html et Eloge de la raclette : http://zitoune.over-blog.fr/article-10516102.html
