Des nouvelles fraîches

Publié le par La Zitoune

9 h 30. En avance. J'attends l'heure de retrouver un ami qui va m'aider à choisir mes nouvelles lunettes (saluons son courage !).
Installée dans un petit bar surchauffé, dans l'hypercentre, je sirote un thé. Le bruit est difficilement supportable pour l'hyperacousique que je suis. C'est jour de marché, l'endroit est peuplé de retraités qui prennent le temps. Le temps de parler très fort, de tout, de rien, de leur vie "qu'ils font aller", des enfants "qui courent tout le temps", des petits-enfants "qui ne courent pas assez, avec leur satané téléphone et leurs jeux vidéo", des "douleurs qu'ils apprivoisent", de "Macron qui n'aime pas les vieux", du temps qu'il fait et de celui qu'il devrait faire...

J'aime les gens, cette ambiance, ces parenthèses qu'on s'octroie dans une journée, même s'ils me mettent la tête comme un seau.
J'aime ces bouts de conversation volés, toutes ces choses qui ne me sont pas destinées et encore moins censées me regarder.
J'aime la vie des Autres.

Quand, TOUT À COUP, sous mes yeux ébouriffés, monsieur Machin s'adresse à madame Truc, assise à environ deux tables de lui. Il parle fort, très fort. Il doit être sourd, très sourd.

- Pardon ! Vous en avez fini avec le journal ?
- Non !
- Mais vous ne le lisez pas, vous discutez !
- Il faut votre autorisation pour discuter ?!
- Donnez-le, je vous le rendrai ! Il est au bar, pas à vous !

Et là... madame Truc, prise d'une soudaine crise de folie, attrape le journal et - fin prête pour les prochains J.O., l'envoie tel un javelot, dans une voluptueuse ellipse, en plein dans la tronche de monsieur Machin.
Ce dernier, tout d'abord interloqué (on peut le comprendre), se met à écumer de rage, crie au scandale, puis vide d'une traite son blanc-cass', alors que la virago beugle qu'il exagère, car un journal n'a jamais tué personne !

Je croise le regard - un chouïa désenchanté - du patron, qui m'apprend qu'"Ils se connaissent depuis trèèèès longtemps mais ne peuvent pas se blairer". "J'avais pas remarqué !", lui dis-je en essuyant mes larmes de rire.

J'aurais volontiers assisté à la suite des festivités, mais Daniel va m'attendre chez l'opticien !

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Publié dans Mes réalités

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