Le nez creux

Publié le par La Zitoune

Lothaire était bel homme, de ceux qui font se retourner les femmes dans la rue. Ses yeux sombres, pénétrants, pétillaient d’intelligence. Gracile, il aimait porter un costume trois pièces de couleur claire et un petit foulard en soie. Lorsqu’il quittait son domicile, son parapluie retrouvait naturellement sa place sur son avant-bras.
Réfractaire aux relations amoureuses depuis sa dernière déception, Lothaire cultivait son célibat comme une orchidée rare, mais la solitude commençait à lui peser.
Il avait bien quelques amis éparpillés un peu partout, à qui il rendait visite de temps à autre, préférant se déplacer que recevoir, parce qu’il était plus facile de décider de s’en aller que de pousser les gens à partir, mais la solitude commençait à lui peser.
Sa vie professionnelle était pour le moins singulière. Nez, il comptait à son actif la création d’une fragrance originale, vendue dans le monde entier, et possédait une sensibilité olfactive hors du commun, mais la solitude commençait à lui peser.

Alors, il s’inscrivit à un speed dating.

Quelle ne fut pas sa stupéfaction nasale lorsqu’il rencontra Stefanik, le numéro 5 de Bordeau Chesnel !
Lui qui pensait tout connaître du monde des senteurs, qui pouvait en reconnaître plus de 2 000 les yeux fermés, en resta coit de longues minutes, humant l’air comme un chien obsédé par l’odeur du poulet grillé. Il identifia le feu de cheminée, le gâteau à la crème, les salmas, les beureks, la savonnette au lait d'ânesse, mais un mystère demeurait… il ne parvenait pas à nommer ce fumet acidulé…
C’est ainsi que Stefanik et Lothaire passèrent leur première nuit ensemble. Lui en tant qu'opportunité de quitter la jachère, elle comme sujet d’étude approfondi.

Le soleil se levait lorsque Lothaire ouvrit les yeux. Son whippet hurlait à la mort, le suppliant de lui servir pitance ; ce qu’il s’empressa de faire aussitôt passée sa robe de chambre en cachemire. 
Ce n’est que lorsque Stefanik s’étira de tout son long en pétant sans vergogne qu'il eut enfin la révélation :

"Nom de Zeus, s’écria-t-il, mais bon sang mais c'est bien sûr ! Le suppositoire à la glycérine !"

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Le nez creux

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