Ah, les braves gens !

Publié le par La Zitoune

Un magnifique texte de Dominique Sopo, président de SOS Racisme
"Ah, les braves gens !
Que dire face à ce racisme crasse de ceux qui demandent que leur souffrance soit entendue mais qui sont incapables d'entrer en empathie avec les sentiments, les rêves, les malheurs et la quotidienneté des autres ? Bien sûr, il est de bon ton d'expliquer que ces faits sont minoritaires parmi le mouvement des gilets jaunes. Encore heureux ! Mais ils n'en sont pas moins significatifs car ils sont la conséquence mécanique de la nature populiste de ce mouvement.
Quelques mots sur le populisme. Le populisme n'est pas l'adhésion aux besoins et aux envies des classes populaires. Le populisme est un postulat : le Peuple est un collectif sain dont les revendications, les mouvements d'humeur, les désirs, les pulsions sont autant de beautés brutes devant lesquelles il s'agit de s'incliner. Celui qui n'ira pas de sa génuflexion sera nécessairement désigné comme, au mieux, extérieur au peuple, au pire, son ennemi. N'est peuple que celles et ceux qu'au final un groupe a décidé qu'elles et ils appartenaient au peuple, à l'exclusion des autres. Le populisme présente ainsi toujours nécessairement deux réalités :
- l'expulsion de catégories hors du "Peuple" qui, pour être pur, doit se purifier. Les "élites" ? Pas le peuple. Les journalistes ? Pas le peuple. Les étrangers ? Pas le peuple. Les personnes d'origine étrangère ? Pas le peuple. Les musulmans ? Pas le peuple. Les Juifs ? Pas le peuple. Les "droits-de-lhommiste" ? Pas le peuple. Les "bien-pensants" ? Pas le peuple. Telle est, malgré les variations dans son intensité et dans la nature de ses cibles, l'infernale dynamique du populisme, aussi sympathique en soient les premières manifestations ;
- l'absence de critiques envers les positionnements de celles et ceux qui seraient réputés être davantage le "Peuple" que d'autres.
À ce petit jeu, il y a de quoi être inquiet devant l'absence d'exigence des partis politiques d'opposition face aux dérives de ce mouvement. Je ne m'étendrai pas sur Le Pen et Wauquiez car il n'y a rien à attendre de ces sinistres personnages dont on peut facilement imaginer les cris d'orfraie si quelques gamins de banlieue avaient provoqué le 10e des dégradations occasionnées par le mouvement. Par contre, pour y appartenir, j'attends de la gauche bien plus que ce qu'elle a montré sur ce mouvement. Certes, de-ci, de-là, les dérives racistes et homophobes sont dénoncées. Mais avec une admirable discrétion comme si l'urgence, pour un camp en miettes, était de surtout ne pas louper LE mouvement du moment qui, rêve tel ou tel leader, lui permettra de ne pas finir dans le néant de l'histoire politique. La tâche de la gauche est pourtant bien plus haute que ces petites concessions à la morale. Sa tâche, c'est d'élever, de défricher, de créer les conditions d'une éducation politique collective et émancipatrice. Certainement pas de se contenter de courir derrière un mouvement aux orientations erratiques.
Les mécanismes de défense face au discours que je viens de tenir se déploient avec leur fainéantise habituelle :
- attention, porter un oeil critique sur ce mouvement, c'est occulter la souffrance des gens. Faux. Simplement, la souffrance des uns ne saurait occulter des dérives qui, au demeurant, infligent d'autres souffrances. En outre, la colère n'est pas une politique, aussi compréhensible soit ladite colère face à la politique fiscale injuste du gouvernement et à l'arrogance des "premiers de cordée" (je sais, c'est le moment où les sympathisants LREM qui pensaient partager mon post décident que finalement ils n'en feront rien) ;
- attention, critiquer le racisme et l'homophobie qui se sont exprimés à l'occasion de ce mouvement, c'est accompagner la stratégie du pouvoir qui cherche à casser le mouvement (scoop !). Que dire face à un tel niveau de connerie indécente ?
- attention, être un vrai révolutionnaire et non un bourgeois c'est être conscient, comme le disait Mao, que "la révolution n'est pas un dîner de gala". On admettra que lorsqu'on en est réduit à citer Mao, c'est qu'il doit y avoir quelque faiblesse dans l'argumentation. D'ailleurs, si "la révolution n'est pas un dîner de gala", elle n'est pas non plus une posture de responsables politiques dont le soudain élan révolutionnaire prête à sourire tant on se demande où toutes ces personnes, au pouvoir hier ou avant-hier, avaient rangé cet esprit de rupture durant toutes ces années.
Casser le populisme est une tâche de longue haleine. C'est pour cela qu'il vaut mieux s'y atteler tôt et avec détermination, afin de faire des injustices non pas le soubassement à toutes les colères mais le matériau d'indignation et de refus sur lequel nous construirons une société meilleure."

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Publié dans Thèmes d'actualité

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