Il y a des gens comme ça.
Ils n'ont pas encore ouvert la bouche que déjà vous savez qu'ils puent du bec. Mais pourquoi tant de haine ?
Boulangerie. 7 h 15
Deux personnes devant moi, une derrière qui trépigne et piaffe d'impatience : un long mec tout maigrichon qui - c'est assez évident - vient de sortir de son lit contre son gré, puis a sauté dans son slip kangourou sans passer par la salle de bains.
La vendeuse est lente. Elle a du mal à glisser une meringue dans un sachet. La cliente devant moi lui vient en aide. Ça réchauffe immédiatement.
Le Dukon derrière grogne, souffle par le nez et fait des bruits de bouche. Il tapote nerveusement du pied. Tiens, il n'a pas mis de chaussettes dans ses baskets... ça doit refouler sec.
Je me retourne et lui montre la petite affiche scotchée sur la caisse : J'AI FAIT UN AVC ET JE SUIS APHASIQUE. MERCI.
Dukon ouvre son clapet - bingo ! il a les dents pourries ! - et dit : "J'y suis pour rien moi ! Et chuis pressé !"
"Mais passez donc devant moi !" lui envoyé-je avec mon regard de la mort qui tue et un léger filet de bave écumant au coin des lèvres.
Dukon ne se fait pas prier et repart avec sa baguette et ses pieds qui fouettent. Une odeur aigre persiste dans son sillage. J'ai un petit haut-le-coeur. La puanteur l'estomac vide relève d'une torture raffinée.
La vendeuse me sourit, la bouche de travers.
J'adore ses yeux, mais ils sont quand même tristes. J'ai envie de lui faire un câlin, mais il paraît que ça se fait pas, et la caisse est trop large, ou alors j'ai pas les bras assez longs. Je sais pas trop.
Je lui dis en souriant : "C'est un gros con."
"Je sais.", me répond-elle. Puis elle éclate de rire !
Et devinez qui était sur le trottoir en train de tailler la bavette avec sa baguette sous le bras ???
La foule en délire : "DUKONNNNN !"
