Le chien du voisin
Enfermé sur le balcon, il jappe toutes les cinq secondes depuis 16 h. De temps en temps, comme pour varier les plaisirs sadiques, il hurle à la mort avec des trémolos dans la voix. On dirait du Mireille Mathieu (en mieux). J'en peux plus. J'hésite à me crever les tympans avec une aiguille à tricoter, mais j'ai peur de souffrir. Même avec deux paires de boules Quies les unes sur les autres j'ai les nerfs qui font des noeuds. Je relis cinq fois chaque phrase. À tous les coups j'ai rajouté des fautes. À cause d'un clébard, je vais perdre mon boulot, mon appartement, ma famille, mourir de faim, me retrouver à la rue, SDF, sans le sou, sale et odorante, choper la gale et des poux de corps, perdre ma dignité ET ME FAIRE VIOLER !!!!!! Arghhhh ! Après moult respirations et hummmmm hummmmm pour tenter de rester zen - j'y vais, d'un pas assuré, sûre de mon bon droit, la tête haute et le torse bombé (mouhahaha ! on y croirait presque !). Ah merde... j'aurais dû enlever mes pantoufles... trop tard il ouvre la porte.
Fouilla ! La tronche !
Enfin bref, je lui cause gentiment au pignouf, avec la voix douce, le sourire et tout le tintouin comme il faut faire lorsqu'on est un animal social et sociable (tout à fait moi donc ha ! ha ! ha !). Et pour toute réponse, j'obtiens ça, avec une voix de fausset qui n'a rien à envier à son chien :
Que voulez-vous qu'je fasse ?! J'vais pas le battre quand même ! Un chien ça jappe hein ! Et j'ai lavé les sols, si j'le fais rentrer il va m'faire des cochonneries partout !
Si vous voyez un fait divers dans ma ville, concernant un double homicide avec préméditation, ce sera très certainement moi.
😤🤪
