Fenêtre sur cour
Voyez, j'aurais voulu être une grande chercheuse en psychiatrie et disposer de moyens matériels pour sonder le cerveau du mec qui, un jour, s'est réveillé et, tout en trempant une biscotte dans son café au lait, a eu l'idée de créer... la vache à hublot !
L'ancêtre du lave-linge frontal, ni plus ni moins.
Visualisez bien le truc. Tout d'abord, vous tracez au compas un cercle d'environ 15 cm de diamètre sur le flanc de l'animal, ensuite vous découpez proprement la viande, puis vous encastrez le hublot d'un coup sec. Et le tour est joué ! Vous avez un accès libre et illimité à la panse du mammifère domestique. N'est-ce pas merveilleux ?
Fallait y penser. C'est une idée de génie !
Pourquoi introduire son bras dans le corps d'une vache ? me demanderez-vous avec un regard plein de défiance. Eh bien pour servir la recherche ! vous répondrai-je, avec arrogance, abasourdie par votre question idiote.
Pierre Flourens, chercheur en sciences en 1831, n'aimait pas sacrifier les bovins pour ses recherches ; il préférait les décorer.
D'ailleurs, ces petites fenêtres sur cour intérieure sont absolument ravissantes !
Les ancêtres des baies vitrées, ni plus ni moins.
Ce mec était un artiste, mais les ruminants ne sont pas fichus d'apprécier l'art. Les vaches sont bêtes.
Et ça continue ! Presque 200 ans* plus tard, elles n'aiment toujours pas qu'on leur soulève l'estomac, ces ingrates à pis.
Donc, disais-je, j'aurais adoré naître au XIXe siècle et avoir les connaissances requises pour pouvoir psychanalyser à l'envi ce Flourens et lui disséquer la cervelle en long, en large et en travers. Pour faire avancer la science, le Pierrot, je lui aurais enfilé des tuyaux, des canules, des clapets, des hublots, des caméras et même un robot cuiseur de chez Lidl dans tous les orifices. Sans exception.
Pour la bonne cause : l'étudier de l'intérieur... et donner une bonne leçon au docteur Hannibal Lecter.
(* Deux siècles de recherches sur la rumination. Ça laisse songeur sur l'efficacité du procédé...)