Gilles

Publié le par La Zitoune

Olive et Popeye Joliveau partent en vacances. 10 ans qu'ils n'ont pas quitté leur Saône-et-Loire.
Une petite révolution.
Ernest et Célestine piaffent d'impatience à l'arrière de la voiture encore à l'arrêt. Ils n'ont jamais vu la mer et rêvent de châteaux de sable, de chocolats glacés, de ligne d'horizon et de jeux en famille sur la plage.
Les valises sont solidement attachées sur le toit et l'on a prévu des boissons et des victuailles pour le trajet. Les volets de la maison sont fermés, l'eau et l'électricité sont coupées, les poubelles sont vidées. Il ne reste plus qu'à installer Gilles dans la voiture et en route pour la Méditerranée !
L'excitation est à son comble.
"Quand est-ce qu'on arrive ?" demande Ernest au bout de la rue. "Compte les voitures blanches !" répond sa mère.
"Où est mon doudou ?" demande Célestine. "Dans ton Q !" lui lance son frère à voix basse. "T'es méchant !" lui renvoie-t-elle en le frappant avec ses petits poings. "Maman ! Célestine elle me tapeuuuu !". "Ça suffit ! Si vous n'arrêtez pas ce cirque, on rentre à la maison et fini les vacances !".
Gilles soupire bruyamment, en levant les yeux au ciel. À son âge, tout ce tohu-bohu lui passe au-dessus. Heureusement pour lui, il est un peu sourd.
Les enfants ne sont pas dupes et savent bien que la menace parentale est en l'air, qu'ils ne rebrousseront pas chemin, mais ils se calment, fatigués par un réveil en pleine nuit... "pour éviter les bouchons".
Ils ont une confiance aveugle en leurs parents, de celles qui permettent de s'endormir profondément, bercés par les ondulations monotones de la voiture sur l'autoroute. Le CD de Christine and the Queens se déroule, puis on met la radio, en avalant les kilomètres.
Popeye va faire une petite pause, "pour se dégourdir les jambes", dit-il à sa femme avec un air entendu. Puis il entre dans un bois et se gare. Olive semble ailleurs, comme anesthésiée. Les enfants respirent fort en dormant. Le ciel se couvre.

Popeye remet le contact et coupe la radio. Ils continueront le trajet en silence. Ernest n'aurait pas dû se réveiller si tôt. Ce n'était pas prévu comme ça.

Gilles, attaché à un arbre avec une grosse corde, n'oubliera jamais le regard de détresse de son petit maître, à l'arrière de la voiture, sur la route des vacances à la mer.

Publicité
Gilles

Publié dans Historiettes

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article