Ouvrir la cage aux oiseaux

Publié le par La Zitoune

Hier, j'ai reçu la visite d'un ami de Pétrus Gagnon. Il a sonné chez moi, puis loqueté à plusieurs reprises, comme si j'étais un magasin. Le fait que je vive au rez-de-chaussée et que ma porte d'entrée donne directement sur la rue laissent souvent imaginer que mon home est au fond d'un couloir, alors qu'on arrive directement dans le salon-salle à manger-cuisine. Heureusement, la porte était fermée à double tour. À peine entrée dans les lieux, il y a quelques années, la factrice m'avait trouvée élardée sur le canapé, les jambes en l'air sur le dossier, en train de lire ; si bien qu'en entrant sans frapper, elle avait découvert mon postérieur avant mon visage. Depuis, je ferme à clef. Je tiens encore à choisir qui scrute mon splendide fessier et perd la vue.
J'ai ouvert la fenêtre pour voir qui s'acharnait sur mon loquet et découvert un homme très fatigué, exténué serait plus juste, qui m'a fait mal avant même d'avoir ouvert la bouche.
Il s'est présenté comme "l'ami de Pétrus Gagnon, votre voisin"... tu parles d'un sésame...
Je l'ai fait entrer, lui ai servi un café et il a parlé, parlé, parlé, durant une heure. Il s'accrochait à sa tasse comme à la barre d'un bateau. Avant d'être malheureux comme une pierre, il devait être beau. J'ai décelé des larmes dans ses yeux, mais - curieusement - elles ne coulaient pas. À l'intérieur peut-être. Son visage, son corps, ses épaules, sa voix, ses mains, tout était douloureux. Le malheur masculin, culturellement plus pudique, plus retenu, m'a toujours plus remuée que les grandes eaux démonstratives. Il y a tellement d'urgence dans la non-démonstration. Et le "spectateur" garde le choix. C'est sans doute là que peut se construire sa possibilité d'aider. Dans le choix.
- Acceptez-vous de m'aider à écrire tout ça ? Je ne voudrais pas mourir sans que mon fils connaisse la vérité.
- Oui, vous pouvez compter sur moi.
Il y a des gens à qui l'on ne peut rien refuser, parce qu'ils ont cruellement besoin de vous, mais que ce sont eux qui vous sauvent, sans le savoir. Je me comprends.

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Publié dans Mes réalités

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