Le monde du travail
Abonnée, par choix, aux remplacements de courtes durées sur divers lieux de travail, j'ai souvent l'impression d'entrer par effraction sur un immense terrain de jeu. J'apprends les règles, parfois je les applique, parfois non. Je fais relativement souvent du hors-jeu ou squatte le banc de touche. Et j'observe mes nouveaux collègues, pour dresser une carte mentale des interactions, des alliances, des trahisons et des mésententes en présence. C'est jubilatoire. On voit tellement plus facilement les dysfonctionnements lorsque l'on arrive de l'extérieur, avec un œil neuf (exactement, myope mais neuf !). Comme une bonne copine qui sentirait le divorce de ses plus vieux amis avant même que l'idée ne leur traverse l'esprit, parce qu'elle a repéré des signes avant-coureurs d'agacement ou de lassitude.
C'est étrange ces ambiances de travail où tout est réglé comme du papier à musique, où chacun et chacune a sa place, son pré carré, un rôle à jouer en dehors de sa fiche de poste, pour consolider les liens ou les dégrader au sein d'une équipe. Ces univers dans lesquels chaque élément d'un ensemble fait bien dans sa caisse, ou volontairement à côté, m'ont toujours fascinée.
Un château de cartes fragile, qui tient par une espèce de miracle du respect des conventions sociales et du règlement, par adhésion, bêtise ou lâcheté, en fonction du contexte. Une entente forcée entre humains qui ne se sont pas véritablement choisis, et qui ont souvent besoin de désigner l'Autre - le voisin ou la voisine de bureau - comme une menace, réelle ou fantasmée.
Dans mon couloir actuel, nous sommes 12. Je vous ai présenté X, le ratel. Bientôt, je vous parlerai de Y, la pin-up. 😊
