Initiation au golf
"Putain putain putain... on est en retard ! Mais pousse ta chiotte toi ! Allezzzzzzz ! On a golf nous ! Ah meeeeeerde ! j'ai loupé la sortie... Putain putain putain... c'est ta faute ! C'est TOUJOURS ta faute !"
25 minutes plus tard et 1 minute de retard.
"Le sport est un golf. Euh... le golf est un sport !" entend-on dire le jeune homme masqué devant l'accueil du 18 trous. "Vous êtes bien le groupe inscrit pour l'initiation gratuite de 2 h ?" ajoute-t-il en connaissant déjà la réponse vu qu'on attend tous comme des benêts sans rien faire dans des tenues qui évoquent plus le camping que le golf.
On est huit : nous deux (de loin les plus beaux et les plus intéressants, ça saute littéralement aux yeux), un couple de snobinards à mocassins glandés, une femme immense, mystérieuse et qui le restera jusqu'à la fin, un couple sur lequel je ne trouve rien à dire à part que les deux personnes le composant sont entièrement vêtues de noir comme pour un enterrement et une femme âgée pêchue qui trimballe un seau vide ayant contenu à l'origine des pastilles pour nettoyer les piscines.
Je ne peux m'empêcher de voir en notre prof de golf un animal, une sorte de criquet british, avec les pattes arrière directement insérées dans le thorax et des fringues de marque. Il dit s'intituler Baptiste. Je l'aurais plus vu en Jiminy... ou en Dick (si elle est aussi longue que ses pattes, madame Criquet doit beaucoup striduler haha ! hum hum... oui oh ça va !).
Étrangement, je vois tout le temps des ressemblances entre les gens et des animaux. C'est plus fort que moi. Par exemple, Fabien me fait penser à un nasique, ce fameux singe à trompe (> Google images hop hop hop !).
L'orthoptère nous remet des clubs et des balles. "Y a-t-il des gauchers parmi vous ?" demande-t-il dans une stridulation aigüe. Je suis la seule à lever la main, un peu honteuse d'être tellement au-dessus du commun des mortels. Le nasique persifle à mon oreille : "Pfff... toujours à faire ton intéressante ! Gauchiasse ! Cédétiste !"
Puis nous voilà tous en rang d'oignons devant l'aire de départ du 9 trous. Le dandy nous explique que "le golf est un sport de précision se jouant en plein air, qui consiste à envoyer une balle dans un trou à l'aide de clubs. Le but du jeu consiste à effectuer, sur un parcours défini, le moins de coups possible. Précision, endurance, technicité, concentration sont des qualités primordiales pour cette activité". Je regarde les autres initiables en me demandant si quelqu'un va partir en disant : "Oh merde ! Je m'a gouré(e) ! Je pensais être à l'atelier tricot !!", mais personne ne bouge. Au lieu de ça, la snobe et la noiraude posent des questions connes qui nous empêchent de démarrer, dont voici un extrait :
"Est-ce que les pros font comme nous ?"
Ben non, CONNASSE, ils jouent avec des boulards et décochent des flèches dans une cible ! Je sens le nasique trépigner à ma droite, au bord de l'asphyxie cérébrale.
"Est-ce que des gens se découragent ? Parce que moi j'ai peur de me décourager..."
Mais va caguer, MORUE ! Tu vas faire quoi si le grillon te répond oui ?! Tu vas te suicider sur le green ??!!
Le nasique a un regard noir et fixe qui en dit long sur son état intérieur d'impatience. Je me retiens pour ne pas poser une question qui l'achèverait, genre : "On garde nos chaussures pour marcher sur l'herbe ou faut se mettre en chaussettes ?" J'aime beaucoup ce type, alors je me tais. 😁
Ayé, on commence enfin.
Le groupe se scinde en deux. On se retrouve - Ô joie et gratitude ! - avec les snobinards à glands, intitulés Thierry et Cathy, même pas foutus de s'appeller Louis et Marie-Antoinette comme tous les gens de leur rang. Quelle petitesse ! Lui semble pourtant excédé d'être marié avec cette reine des courgettes et on l'imagine assez bien lui faire perdre la tête (là, tu ris, merci). Ils ont un point commun : un regard vide, profondément vide. Pas vidé... vide ! Vidé pourrait laisser supposer - à tort - qu'il y eut, un jour, avant la Révolution, une sorte de vie de château derrière leur pupille... de la Nation (tu ris ici aussi, merci).
Chacun lance son club, tape mal ou rate la balle, excepté le nasique qui nous fait une ellipse incroyable, après un mouvement d'envergure de toute beauté et soulève une multitude de wooow wooow wooow ! admiratifs. À croire qu'il a fait ça toute sa vie de rentrer dans des trous à 70 mètres !
Tiger Woods se la joue modeste et attend patiemment que nous autres, empotés du club puis du putter, nous rapprochions du 1er trou.
"On se souvient tous de son premier trou", soupire avec nostalgie le champion avant que je lui balance mon coude dans l'estomac.
Sur un terrain de golf, il y a une étiquette à tenir, c'est-à-dire que l'on ne peut pas venir tout débraillé et que l'on doit bien se comporter sur le parcours. Par exemple, on n'a pas le droit d'utiliser son putter comme si c'était un balai pour pousser sa balle dans le trou sur le green (endroit où l'herbe est tondue très courte autour du trou ! 😆). On ne doit pas assommer les autres joueurs à coups de club, même s'ils portent des mocassins à glands ou posent des questions débiles. On ne peut pas non plus se faire bronzer sur l'herbe courte du fairway. Il est également interdit d'uriner ou de déféquer dans le sable du bunker, de tronçonner des arbres sous prétexte qu'on ne peut pas tirer droit ou de se baigner dans les plans d'eau, en réalité des obstacles. On n'a pas non plus le droit de viser volontairement la tête des canards, hôtes des lacs (d'où le fameux canard laqué hahaha !).
"Bon, c'était chouette ! quelle initiation gratuite va-t-on faire maintenant ?" demandé-je au nasique dans la voiture sur le chemin du retour.
"Du saut à la perche !" l'entends-je me répondre. 😬😁
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