On the road again !

Publié le par La Zitoune

Chaque fois que je prends le Flixbus, je monte d'un cran dans l'envie de tordre le cou à des gens. En général, je m'assois plutôt zen, toujours contente de voyager, et une heure plus tard je fulmine sur mon siège. Je respire par le nez, me plonge dans mon bouquin, mais c'est une règle immuable : il y a toujours un malotru ou une grognasse dans un Flixbus, parfois plusieurs, parfois en grappes.
À croire que le prix des trajets défiant toute concurrence, on les paie d'une autre manière. Aujourd'hui, je n'ai pas de chance, il y en a deux, un mâle et une femelle. Un devant moi et une derrière. Je suis prise en sandwich et me vis un peu comme une tranche de jambon découennée. Quelques cornichons vinaigrés me tiennent compagnie.
Le type dont je vois le haut du crâne dégarni refuse de mettre son masque et le mec à sa droite refuse de rester à côté de lui s'il ne le met pas. Le chauffeur est espagnol et n'entrave rien à ce qui se passe, mais il parle quand même à toute vitesse. Physiquement, il ressemble un peu à Garcimore, mais en version vitaminée.
Tout le monde y va de son couplet et j'assiste en direct à une bataille collective, à laquelle je n'ai aucunement envie de participer.
Je viens de terminer "Fahrenheit 451" et je vais entamer "Sur la route" de Kerouac. J'adore ce moment suspendu qui consiste à fermer un livre, à y réfléchir longuement, puis à se régaler à l'idée d'en ouvrir un autre. Les livres ne sont jamais aussi décevants que certains humains.
Lire, pour moi, c'est se reconnecter à l'urgence de voyager, de s'évader, de lutter contre la gravité, l'attraction terrestre. La COVID-19 rend sédentaire, du corps mais aussi, d'une certaine façon, de l'esprit. Ce virus grignote des choses essentielles que les livres ravigotent voire réaniment.
Mais il faut que des pénibles se donnent en spectacle dans un Flixbus !
Ceux qui trouvent anormal de mettre un masque dans un habitacle clos comme un car gueulent plus fort que ceux qui trouvent aberrant et irrespectueux de ne pas en mettre. 
Ça part dans tous les sens, sauf le bus, qui - lui - attend que tout le monde se calme pour démarrer. Le chauffeur s'échauffe et fait signe au bourrin de mettre son masque. Ce dernier a fini par s'exécuter mais j'entends régulièrement l'homme à côté de lui grogner : "C'est sur le nez le masque, pas en dessous !"
Et la grognasse derrière moi se lance dans la polémique alors que tout le monde se calmait. Elle réclame la liberté de faire ce qu'on veut ! Elle ne comprend pas qu'on empêche les gens de faire ce qu'ils veulent. Elle termine par un tonitruant : "C'est pas normal d'obliger les gens !"
Je viens de baisser mon siège au maximum. J'imagine qu'elle est gênée et que ses genoux souffrent. Ou plutôt je l'espère. C'est sans doute le cas puisqu'elle vient de me demander : "Vous êtes obligée de baisser votre siège à fond comme ça ?!"
Vous me connaissez... j'adore être aimable avec ce genre de personne... alors j'ai répondu avec un air de diplômée en pétasserie : "Absolument pas, mais je fais ce-que-je-veux !"
Elle a bien fermé sa bouche la grognasse. Non mais ça va hein ! Je t'en foutrais de la liberté unilatérale moi ! Mange bien tes genoux et médite ha ha !
Allez... Kerouac maintenant... On the road again" ! :)

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On the road again !

Publié dans Mes réalités

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