Carine
Du haut de ses 1,84 m, pieds nus, elle voit la cime de la plupart des gens. Elle ressemble à un chêne centenaire enraciné au milieu d'une forêt de sapins de Noël (j'y figure en tant que saule crevette... eh ouais !). Pourtant, si on la coupait en deux dans le sens de la largeur, on verrait qu'elle n'a que 37 anneaux.
Elle porte des talons comme un handicapé revanchard brandit sa carte prioritaire à la caisse d'un grand magasin pour griller tout le monde dans la file d'attente.
Plutôt que de s'ouvrir aux autres, qui n'y sont pourtant pour rien si elle ne supporte plus son corps de métaséquoia ni même son arbre généalogique, elle joue sa place en société en moulinant des rameaux et des branches. Ces dernières sont tellement longues qu'on dirait des pinces à sucre.
La sève dans les veines, les épines à même le tronc, entre le bois dur et l'écorce, elle persiste et insiste dans l'inamabilité. Le fruit du chêne n'est autre que le gland. Elle semble l'oublier.
Il n'y a rien de plus expressif et parlant qu'une attitude issue d'une frustration ou d'un complexe. Pas besoin d'être sylviculteur pour lire entre ses feuilles dentées, il suffit de soulever les pétioles pour voir la mousse aigre laissée par la rancune tiède.
On pourrait penser qu'une femme aussi grande qu'elle serait gênée d'attirer les regards et aurait le souci de se faire discrète du pétiole, autant que faire se peut. Mais elle ne voit pas les choses ainsi et porte un feuillage d'automne ultracoloré à faire pâlir Desigual. Elle parle fort et jure comme un charretier dans le vent d'autan. On l'entend bruisser de loin. Même les oiseaux préfèrent nicher ailleurs qu'en son sein. Quant aux fruits... à part les raisins de la colère, je n'en vois pas.
Depuis que Guy l'a quittée alors qu'elle bourgeonnait de quatre mois à peine, elle jaunit des folioles et s'étiole du pédoncule. Il était si vert, Guy, un mélèze plein de charme, mais leur accord est caduque et Carine ne s'en remet pas. Elle a le gland en berne. On dirait un saule pleureur.
Et, depuis sa rupture, elle nous les brise menues en réunion ou à la moindre occasion, la ramenant sur tout avec ses grands airs de feuillu qui a tout vu, tout vécu.
Au début, je prenais sa défense, lui trouvant quelques qualités et des circonstances atténuantes, mais qu'est-ce qu'elle est chiante, vous n'imaginez pas ! Elle fait même suer sur la durée des pauses cigarettes, trop longues à son goût, et rationne le café ! Non mais allô quoi ?! LE CAFÉ !
Carine veut hêtre, alors qu'en ce moment on rêve tous de la noyer sous un tilleul. Mais elle ne peut plier. 🥴
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