Cavalcade
Yann sent quand la trappe au fond de lui n'est plus étanche et laisse passer des parasites minuscules. Ils remontent, collés les uns aux autres pour se protéger mutuellement, quitte à sacrifier les ailiers pour permettre au noyau dur d'atteindre son objectif. Il les sent courir sur son échine, comme un frisson désagréable.
À ce stade, il parvient parfois à dompter ses défenseurs pour les empêcher de déserter devant l'ennemi. Il connaît bien ce cheval de Troie.
Lorsque cette petite armée de cavaliers noirs parvient à passer les barrages de la raison, du rationnel, puis à s'immiscer dans son cerveau tel un but de Kylian Mbappé, portée par une lame de fond de cortisol, Yann sait que la lutte sera âpre.
S'il s'abandonne un peu trop au bonheur ou un peu trop longtemps, son alarme interne sonne et le dérapage est plus ou moins bien contrôlé. Le corps prend le dessus et c'est la cavalcade. Le cœur s'emballe, la peau réagit, le souffle court contre la montre. Chair de poule et panique dansent un tango endiablé. Le gouvernail ne répond plus ou à contre-courant de ce qu'il faudrait faire pour sortir du tourbillon. Tempête dans le bocal.
Il ressemble à un capitaine de bord qui tenterait de sauver son embarcation en écopant.
Le malheur ne supporte pas qu'on le tienne à distance et le fait savoir de mille façons, en participant au sabordage, à l'auto-entreprise de démolition de son hôte. Il ressort les casseroles et en ôte la poussière comme on embellit un cadavre avant de l'incinérer.
Le corps a une mémoire. Il se souvient des morsures de l'angoisse, des raideurs musculaires, de la poitrine qui brûle. C'est parce qu'il connaît tous les symptômes par cœur que Yann va se battre. Et défendre sa ville assiégée.
On combat toujours mieux un ennemi quand on le voit venir de loin.
/image%2F1180522%2F20221129%2Fob_088768_depression.jpg)