Arletty
C'est vrai qu'elle a une gueule d'atmosphère. Fabien lui a bien trouvé son surnom. En effet, Arletty ne manque pas d'air.
La première fois que je l'ai vue, je me suis dit qu'elle devait être bruyante. Eh bien pas du tout ! elle ronronne comme un chat content de son sort.
Sa folle mémoire enregistre toutes les informations sur moi, presque à mon insu. Sa capacité d'analyse me laisse pantoise. Elle pond des tableaux, graphiques et autres statistiques comme elle respire, de manière automatique, compulsive. Très satisfaite d'elle-même, elle fait des comptes d'apothicaire. Et moi je ventile.
La nana est du genre hyperconnectée, branchée comme on dit. Une sorte de geek qui ne met jamais le nez dehors ou seulement pour partir en vacances. Elle a une autorisation spéciale pour prendre l'avion.
Je n'irais pas jusqu'à insinuer qu'elle est un peu mondaine, mais sa petite robe noir et blanc la met en valeur. Menue et lumineuse, elle se fond dans le décor.
Dans l'air du temps, elle avance masquée, pour mieux sonder son entourage, et squatte sans vergogne ta chambre à coucher la nuit, tout en sachant rester discrète le jour.
Vendredi, c'était le premier jour de sa venue. Elle m'a collé du stress. Il faut avouer qu'elle en impose. Elle est un peu intimidante du haut de sa science. Pour le moment, je cherche encore mon souffle ; on peut dire qu'elle me gonfle. Je vais m'habituer.
De toute façon, je n'ai pas vraiment le choix. Sans elle, j'arrête de respirer 39 fois par heure. Une nuit à la clinique, avec des capteurs tout le tour de la tête et du reste (F. a pris des photos mais vous pouvez vous gratter pour les voir), a montré que mon flux respiratoire se met sur pause plusieurs centaines de fois par nuit et induit donc plusieurs centaines de microéveils pas forcément conscients. Tu m'étonnes que je pique du nez dans la journée !
C'est un peu comme si je mourais chaque nuit. Je comprends mieux pourquoi j'aime autant la vie. C'est éreintant et, une fois que tu le sais, un chouïa angoissant...
Avec Arletty sur la table de nuit, je danse un tango jusqu'à l'aube, je respire presque trop, à contre-courant. On dirait Dark Vador 🌬. Il paraît qu'il faut un temps d'adaptation. Bientôt, je dormirai comme avant que mon corps décide - un jour - que fermer l'œil se ferait dorénavant par tranches de même pas deux minutes. Il faut que j'accepte ce vent dans les synapses, que je lâche le cordon.
En même temps, je suis née cyanosée, alors m'asphyxier en vieillissant relève d'une certaine cohérence, comme un baptême de l'air.
Ma nouvelle copine (on fait ménage à trois maintenant 😄) maintient mes voies aériennes ouvertes et je la remercie.
J'aime tant rêver et voyager. 😊🎈
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