À trottinetteuuuu !

Publié le par La Zitoune

À TROTTINETTEUUU 🎵🎵🎶🎵🎶🎶

Je marchais tranquillement dans la rue Bayard, face à la gare Matabiau à Toulouse, profitant du temps que je préfère : frais et ensoleillé à la fois, lorsque j'ai vu arriver un type sur une trottinette. Il roulait au milieu du trottoir à une vitesse raisonnable, mais quand même sur le trottoir, mais à une vitesse raisonnable, enfin pas trop vite, mais en plein milieu du trottoir quand même, BORDEL ! (La fille qui s'énerve toute seule un quart d'heure après l'événement ! 😆).

Je vous le décris vite fait : grand, mince, des cheveux, des lunettes, pantalon, pull, sac à dos, la quarantaine, rien d'original ni de remarquable. Un monsieur Toulemonde qui ne pense absolument pas aux gens qui aiment décrire longuement et avec moult détails les humains qu'ils croisent sur leur route ! Un asocial de plus. 

Je n'ai pas pu faire autrement que me décaler sur le trottoir en rouspétant intérieurement, lorsqu'il a bifurqué d'un seul coup, quasiment à angle droit, s'est arrêté devant un digicode d'immeuble et, penché en avant, a craché un épais glaviot sur les touches.

J'ai dû gérer en même temps ma surprise, mon dégoût et mon estomac qui voulait se carapater par ma bouche entrouverte.

Le mec n'a aucunement cherché à savoir si quelqu'un avait été témoin de son méfait. C'est plutôt placidement qu'il est reparti sur son engin électrique, le visage affichant une impassibilité presque solennelle. Il avait la tête du type qui a accompli son devoir. Son devoir de quoi, on ne sait pas, mais son devoir.
Au-delà de son geste, c'est la décontraction avec laquelle il l'a effectué qui m'a le plus inquiétée. Cela semblait dénué d'une quelconque folie ou de tout énervement. Au contraire, le scénario était empreint d'une sorte de flegme. Un oxymore visuel qui fait buguer.

J'ai continué mon chemin et lui le sien. C'est alors que le frisson a couru le long de ma colonne, vertèbre après vertèbre. J'aurais aussi bien pu recevoir son crachat en pleine poire ! Dans les cheveux ! Ou sur mes lunettes ! Je reviens, je vais rendre mon petit déjeuner. 

Comment expliquer cet acte dégoûtant ? On peut tout imaginer... Un amour déçu loge dans l'immeuble ? Serait-ce une vengeance ciblée ? Ou bien collective ! Oui, c'est ça ! Le type vient de se faire lourder de la boîte dans laquelle il a travaillé comme un forçat durant des années, suite à un plan social honteux alors que les actionnaires sont pleins aux as, et il exprime colère et frustration ! Il en veut à la société entière ! Le genre humain le débecte.

Je ne voudrais pas dire pour dire ou être désagréable inutilement avec mes amis anarchistes et libertaires, mais Poutou, à côté de ce mec à trottinette, c'est de la roupie de sansonnet, un petit joueur.

En molardant ainsi sur des symboles bourgeois, il lutte activement contre le système capitaliste qui fabrique de plus en plus de misère sociale, jette sans états d'âme des individus à la rue et installe des systèmes sophistiqués pour éviter les intrusions dans les propriétés privées. Une sorte de chevalier, sans peur et plein de reproches, rue Bayard. C'est ça ! Mais bien sûr ! Il roule en plein milieu du trottoir et, de temps en temps, bifurque pour crier au monde entier sa Révolution :

J'IRAI CRACHER SUR VOS DIGICODES !

Bon sang mais c'est bien sûr ! Le mec est en guerre civile contre les digicodes ! C'est la version moderne de Don Quichotte et les moulins à vent. Tout y est ! La trottinette c'est Rossinante ! Et Sancho Panza, le naïf paysan écuyer qui ne pense qu'à bouffer, c'est moi, qui chevauche Grison, mon âne (what else ?) ! 😁

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À trottinetteuuuu !

Publié dans Mes réalités

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