Le Wifi s'invite à bord
Prendre le train un 31 décembre en fin de journée, c'est s'assurer de beaux sujets d'étude. L'ambiance y est particulière. Tout le monde semble prêt pour le grand saut.
Je ressens cette excitation dans un avion, un aéroport, pour une aventure réellement choisie, mais la jubilation de changer d'année... là, j'avoue... cela reste toujours très mystérieux pour moi.
Non pas que je le vive comme une corvée non plus, mais je m'en fiche à-peu-près autant que du Black Friday, Cyber Monday ou passage à l'heure d'hiver.
La gare de Lyon Part-Dieu grouille de monde. Je sais qu'ici les pickpockets sont de véritables professionnels, extrêmement compétents, alors je laisse dépasser une enveloppe de ma poche avec une inscription "Joyeux Noël !" en lettres dorées. Le genre d'enveloppe que Mamie remplit de billets "parce que c'est mieux que tu t'achètes ce que tu veux !". C'est ce que c'est censé évoquer en tout cas.
Pour le moment, je suis dans les escalators qui mènent aux quais et elle est toujours dans ma poche. C'est dingue... tout part à vau-l'eau. La dernière fois que j'ai tenté ce genre d'expérience, l'enveloppe avait disparu en 10 minutes à peine. Là j'ai tourné 30 minutes dans un Relay puis encore 5 devant les panneaux Départs et rien ! C'est scandaleux ! La SNCF c'est plus ce que c'était.
Je suis dans le train, 8e wagon. Je cherche la place 101. Un type y est installé, les pattes écartées. Je lui demande s'il est bien à sa place, il me tend son billet sans un mot, avec l'air las de celui qui n'en peut plus de croiser des con(ne)s. Je lis : place 101... voiture... 1. Je lui mets son billet sous la moustache et avec mon index fraîchement limé souligne le chiffre 1, en lui précisant que nous sommes présentement dans la voiture 8. Il me regarde comme si j'étais E.T. Puis son œil s'allume un bref instant. Il attrape ses affaires, se lève et s'en va. Je lance un "Bon voyage !" qui semble lui traverser le corps.
Me voilà bien installée. La femme à côté de moi m'accueille littéralement avec un grand sourire. Que c'est agréable ! J'ai l'impression qu'elle m'a caressé la joue.
Maquillée comme une voiture volée, parfumée à outrance, coiffée comme Brigitte Bardot à ses débuts, elle a revêtu une robe de réveillon qu'elle doit trouver seyante. C'est l'essentiel ! Que les autres, moi en l'occurrence, la trouve un tantinet surannée est absolument sans intérêt. Son air heureux se suffit à lui-même.
Elle roucoule au téléphone et lui demande en gloussant de nettoyer sa poubelle avant de venir la chercher à la gare. Je ris aussi sous cape. Je l'imagine s'être déguisée en princesse des années 70 pour devoir s'asseoir sur des vieux sachets graisseux du McDo. C'est pas mon jules qui ferait un truc pareil !
Le conducteur du train nous parle durant trois bonnes minutes. Il dit s'appeler Fabien (bonjour le dépaysement !) et a l'air un peu hystérique aux entournures. Ses blagues sont tellement lourdes que je les oublie instantanément. Bref, on roule à 280 km/h, ça caille, tu téléphones dans le couloir et le bar est ouvert. Les toilettes aussi j'espère !
J'ai très envie de fourrer la moitié de mon sandwich au fromage dans la gueule du bébé qui hurle derrière moi, mais j'ai trop la dalle. Il ne sait pas à quoi il vient d'échapper ce p'tit con. Comme le dit si bien mon fils : "Les enfants, ça devrait naître à 5 ans !".
20 h. C'est l'heure des voeux de Macron. Je l'imagine sur le plateau télé, fleurant bon l'eau de Cologne de luxe, avec ses yeux froids métalliques, sa houpette supposée dissimuler son début de calvitie et son costume taillé sur la bête, tellement convaincu d'être l'élu.
Misérable rat porteur de la peste bubonique.
Ce n'est pas le premier Président que je déteste, mais le premier que je ne fais même plus l'effort d'écouter. Depuis le début, je coupe le son de sa putride faconde dès qu'il ouvre la bouche. Ce soir, je n'ai même pas l'image et je m'en porte bien. Regarder ce mec en plein écran et lire sur ses lèvres qu'il me souhaite la bonne année reviendrait à me faire mordre par une puce infectée.
Je viens de dormir une demi-heure et me sens coupable d'avoir été infidèle à Arletty, mais je me voyais mal la brancher dans le train. Remarque... j'aurais pu jouer à Dark Vador devant le bébé pour qu'il la boucle un peu. "Chhhhhhhhhh... Je suis ton pèèèèère ! Chhhhhhhhhhh..." Ça peut mourir d'une crise cardiaque un bébé ? Faudra que je potasse le sujet.
Bon ben voilà, on arrive. Je suis dans les escaliers qui mènent dans le hall de Matabiau. Fabien doit être en haut, éperdu d'amour hé hé ! Ooooooh ! L'enveloppe a disparu de ma poche ! Yesssss ! J'ai un plaisir presque orgasmique en imaginant mon voleur la décacheter, tout frétillant, et lire ma plus belle plume :
"Et bonne année, Connard ! 🖕" 😅
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