La Vie

Publié le par La Zitoune

Il a de longs cheveux raides et gras. Une raie zigzague dans le prolongement de l'arête de son nez à la Barbra Streisand et dévoile des petits monticules de croûtes, autres pellicules et peaux mortes. Son visage, quant à lui, est anguleux et très sec. Des dartres font le tour de sa bouche aux lèvres minces. Il a le sourcil gauche déplumé et la barbe pleine de trous. J'ose à peine vous parler de ses dents, tant elles sont gâtées. Une incisive esseulée branlicote à chaque coup de langue. On l'imagine subissant cette torture depuis des années et réclamant à mourir dans la dignité. Elle doit prier pour que l'on abrège ses souffrances. Comme dans les westerns, lorsque le cowboy, une ficelle tendue entre un chicot et la porte du saloon, s'envoie une rasade de whisky pour juguler la douleur. L'homme a des yeux jaune pisse qui augurent d'un foie gras et malade. Sa peau transpire la 1664 chaude et les frites cuites dans l'huile de palme.
Même son chien ressemble à une éponge imbibée de Paic Citron.

À côté de cet homme, assise sur un muret, le dos voûté, une femme est perdue dans ses pensées. Son vieil imperméable beige élimé traîne par terre. Elle a posé son vélo rouillé contre un platane rempli d'étourneaux. Elle ressemble un peu à Carmen Cru avec sa trogne boursouflée et son bob vissé sur son crâne. En plus, elle n'a pas l'air commode. Elle se cure le nez et les oreilles, en alternance, et regarde le butin au bout de ses doigts comme un trésor inestimable, qu'elle goûte à intervalles réguliers.
Le Paic Citron la regarde avec un air envieux. 

Non loin de là, un groupe de quatre policiers municipaux taille la bavette en mangeant un casse-dalle. Ils se tiennent les jambes écartées, comme si leurs énormes bijoux de famille demandaient de l'air pour respirer. Ils sont tous les quatre obèses. On est loin de Clint Eastwood dans "L'inspecteur Harry"... Je les imagine mal courir, et encore moins marcher sur les toits. 

Sur un banc, devant la Caisse d'Épargne, une jeune femme allaite son bébé. Une armée de pigeons gravite autour de ses jambes, prête à bondir si de la bouffe venait à tomber d'un sein. On ne sait jamais !

Plus loin, mais pas trop, un long père pousse un minuscule enfant sur la balançoire dans le parc, de plus en plus haut. Le lutin hurle de rire et de frayeur à la fois. Son daron s'amuse autant que lui. C'est frais. 

Il y a des jours comme ça où j'aime bien décrire ce que je vois, sans aucune intention. C'est reposant, distrayant. Il n'y a pas de chute. Rien. J'écris au kilomètre, comme on déambule au hasard dans les rues. 

... avec en angle de mire cette vieille dégueulasse qui bouffe ses crottes de nez au cérumen devant le chien beurré d'un homme huileux ces quatre hirondelles qui mangent mal devant des pigeons vicieux qui matent des nichons gonflés de laitage à 37 ° C qui nourrissent un nain à la couche très certainement pleine ce père qui fabrique des souvenirs à son fils qui rit et même que c'est très joli... 

C'est très joli, et parfois ça pue.
C'est La Vie. 😊

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La Vie

Publié dans Mes réalités

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