La kata !

Publié le par La Zitoune

Nous avons testé pour vous, notre premier cours de karaté 🥋

 

En septembre, en général, on voit fleurir les bonnes résolutions. Alors j'ai lancé en l'air, à la fin d'un repas, entre le yaourt et mon brugnon, que j'aimerais beaucoup me mettre au karaté et passer toutes les ceintures. Il arrive un âge où il vaut mieux surprendre son cerveau et son corps si l'on ne veut pas qu'ils réunissent leurs forces pour nous pourrir le temps qu'il nous reste à vivre en ce bas monde.
Je reste persuadée que les réseaux sociaux prennent toujours trop de place dans mon quotidien, même si j'y viens de moins en moins, et qu'ils peuvent non seulement nous rendre idiots, mais également nous voler du temps que l'on pourrait consacrer à autre chose de bien plus intéressant pour notre santé psychique, physique et notre épanouissement personnel. Se lancer dans une nouvelle activité me semble être une bonne solution contre la rouille, l'érosion et pour lutter contre la maladie moderne du scrolling compulsif, cette habitude numérique qui vide la barque pour mieux la remplir d'anxiété, d'impatience, de déception et de toutes ces choses qui n'embellissent pas l'existence. Mais il y a des gens que j'aime beaucoup sur Facebook et dont je ne veux pas me passer, et des vidéos qui font rire, et des posts qui élèvent, au milieu d'un tas d'immondices et de faux-semblants que j'évite du mieux possible. Bref, je ne parviens toujours pas à supprimer mon compte, mais je travaille d'arrache-pied pour m'extirper le plus possible de ce gouffre mental et temporel.

 

J'ai accompagné mon fils à ses cours de karaté durant des années et ce sport m'a toujours paru empreint d'une certaine noblesse. Une école de la patience, de la persévérance et du respect de l'autre... et de soi par la même occasion. J'étais inscrite au judo lorsque j'étais enfant. Une fois la ceinture orange obtenue, j'avais été prise d'une espèce de crise de claustrophobie. Je ne supportais plus qu'on me bloque au sol et tapais le tatami à la seconde même où mes épaules entraient en contact avec lui. Je n'aime pas qu'on me tienne et m'empêche de bouger, ça me donne envie de mordre et de griffer et il semblerait que ce soit interdit dans le sport en général ; ce qui est très dommage.

 

Donc, j'ai récemment lancé l'idée du karaté, qui n'implique pas de se retrouver le nez coincé sous les aisselles d'un autre être humain ignorant du déo et qu'on n'inviterait même pas à boire l'apéro. Et Fabien m'a dit : "Bonne idée ! Allons-y !". J'étais loin d'imaginer que ce sport lui plairait. Cet homme ne cesse de me surprendre. Sa soif d'apprendre et de vivre me comblent et me tirent vers le haut tous les jours. C'est Facebook qui l'a mis sur ma route, alors je ne cracherai jamais complètement dans la soupe non plus... L'année dernière, nous nous étions lancés dans l'apprentissage du tango, mais les cours étaient loin, et la grosse flemme nous avait rapidement gagnés tous les jeudis soir.


 
Nous voilà partis en direction de la Cité des sports de Carcassonne, à 10 minutes à pied de chez nous. Elle grouille de monde.
Vêtus d'un jogging et d'un tee-shirt, nous sommes pieds nus et pourtant dans nos petits souliers, au milieu de plusieurs ceintures marron et noires. Une autre débutante est là, prénommée Julie. Le groupe des "quivautmieuxpasfairechierdanslarue" est alors pris en main par une toute petite femme à la panse proéminente, mais on sent bien qu'elle n'a pas volé ses "dan". Les abdos se cachent parfois sous les bourrelets, faut pas croire !
Les trois glandus, soit Julie et nous-mêmes, se voient aussitôt pris en charge, par Michel. Il est un petit bonhomme trapu, noir, à la barbichette toute blanche, à l'œil malicieux et à la langue bien pendue.
Le salut est de mise avant de poser nos arpions sur le tatami bleu et jaune. Les talons collés, on met nos pieds "en première", comme à la danse, les paumes des mains posées sur le haut des cuisses, puis on se penche en avant, les jambes tendues, tout en regardant son interlocuteur. Et nous voilà en plein échauffement. Et vas-y que je te monte les genoux en courant ! et que je te fais des pas chassés ! et que je te recule ! et que je saute les bras en l'air ! et que je te fais des squats du feu de Dieu ! et des pompes ! et des ciseaux ! et des pompes ! et des ciseaux ! Mais ça ne s'arrête jamais ou quoi ?! Je sue comme une truie pendant la canicule. J'ai mal au Q et aux cuissots. Une crampe au gros doigt de pied gauche me tire un petit cri de porte qui grince et j'ai un problème urticant de bretelle de soutif rebelle qui se fait la malle. Je jette un œil vers Fabien... il me sourit, trempé comme un potage de vermicelles trop épicé, et je lis sur ses lèvres : "Je ne m'attendais pas à ça !". Rassurée, je me dis que les litres de sueur qui sortent de mes pores sont normaux. Au revoir les toxines !
Quand je transpire comme ça, j'ai toujours l'impression de faire un bras d'honneur à la ménopause. Je la regarde droit dans les ovaires et je lui dis de bien niquer sa mère la p***. C'est une satisfaction comme une autre ! Elle se venge la nuit en me réveillant toutes les deux heures, mais je ne la laisse pas prendre le pouvoir le jour. Grognasse ! 😁

 

Michel nous dit de nous installer tous les trois, les petits nouveaux à la cinquantaine bien entamée (surtout moi), sur le carré jaune. Il nous apprend à nous déplacer, à coordonner les bras, les jambes, les bras et les jambes, à bloquer... Vindiou ! J'ai la sensation d'être dans une barque qui tangue, je me découvre un sens de l'équilibre aléatoire et une coordination des membres des plus fantaisistes. Je donne à voir une espèce de danse de la pluie ou une lutte échevelée contre des nuées de sauterelles. Michel se marre et, il faut le dire, se fout gentiment de notre poire ! Fabien, Julie et moi-même sommes un peu gauches, il est vrai. On dirait des chiens à qui l'on a mis des chaussons. Il faut penser à tendre la jambe arrière, le pied droit, plier la jambe avant, suffisamment pour ne pas voir ses orteils, le pied droit également, coller le coude droit contre le flanc, le poing au niveau de la poitrine, doigts pliés vers le plafond, pouce dessus, bras droit au-dessus de la tête mais pas trop haut pour pouvoir mater la tronche de son "adversaire", poing tourné comme si l'on voulait lire l'heure à son propre poignet, et l'on avance en inversant tout le bazar au son de mots japonais que l'on n'est pas près de mémoriser !!! École d'humilité.

 

Mais pourquoi on ne s'est pas inscrit à l'aquabike ?! 😂 Sérieux... ça va être long et compliqué, mais je suis certaine que nous serons fiers de nous dans quelque temps.

 

En attendant, Michel se régale : "Zitoune, pique avec le pied, là on dirait que tu lances ta tong !". "Zitoune, t'es toute crispée, tu fais les exercices la bouche tordue, ça ne sert à rien !". "Zitoune, t'as fait de la danse toi, non ?". "Zitoune, attends que je dise d'avancer, c'est moi qui commande !". "Fabien, le pied droit ! Suis la ligne sans la toucher !". "Fabien, le pied droit ! Suis la ligne sans la toucher !"."Fabien, le pied droit ! Suis la ligne sans la toucher !"."Fabien, pied droit ! La ligne !"."Fabien, pied ! Ligne !". "Fabien !". Ha ha ha ! Ici, il n'a pas 1600 Elo, ce boloss ! 😂😂😂

 

Une petite discussion après deux heures de concentration intense, à battre l'air avec les bras, dissocier le haut, le bas, la droite, la gauche, et de suées intempestives nous apprend que le petit bonhomme à l'humour corrosif, mais néanmoins plaisant et très pédagogue, qui à mon avis n'est pas très loin des 70 printemps, était militaire et qu'il a cinq "dan" à son actif (sur 10). Chapeau bas, Monsieur.

 

On est rentrés affamés, fourbus, mais ravis, avec la ferme intention d'aller nous acheter un kimono et une ceinture blanche pour entamer une nouvelle aventure.
C'est bon parfois de se maltraiter. Ça tient la Vie en respect. 😊

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Publié dans Mes réalités

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