Défendons la République laïque (1)

Publié le par La Zitoune

Quand le prêtre est au-dessus de l'instituteur, la laïcité mord la poussière

Depuis des mois, Nicolas Sarkozy multiplie les références à la religion dans ses discours, et inquiète les laïcs. Déclarations et décrets passés en douce sont autant de preuves de la volonté délibérée et réfléchie de ce Président de fouler aux pieds un consensus républicain hérité d'une évolution historique : la laïcité, qui garantit l’égalité entre tous les citoyens.

En signant un premier décret en mars 2008, Sarkozy a imposé sa “laïcité positive” et porté un coup à la loi de séparation de l’Église et de l’État de 1905. Alors qu’il annonçait dans le même temps des mesures de restriction budgétaire touchant de plein fouet l’Éducation nationale - avec la suppression de milliers de postes d’enseignants du public, il favorisait en catimini le développement de l’enseignement religieux privé, désormais livré à lui-même et pouvant dorénavant enseigner ce que bon lui semble. Les écoles religieuses ne sont plus tenues de présenter à l’Éducation nationale l’agenda des matières enseignées, elles peuvent alors dispenser leurs cours d’éducation religieuse quand elles le souhaitent, et pendant autant d’heures qu’elles le veulent. Tout cela payé avec l’argent des contribuables puisque les enseignants de ces écoles, ayant passé ce type de contrat avec l’État, sont rémunérés par ce dernier.

Un autre décret du président de la République publié en avril 2009 - à la suite d’un accord signé en décembre 2008 entre la France et le Saint-Siège au Vatican - prévoit “la reconnaissance mutuelle des diplômes de l’enseignement supérieur délivrés sous l’autorité compétente de l’une des parties” ; “reconnaissance” pour les matières théologiques mais aussi profanes !

Cela revient à casser le monopole des diplômes qu’avait l’État depuis 1880, mais aussi l’esprit de la loi de 1905.

Une plainte sera déposée prochainement devant le Conseil d’État par un comité d’associations laïques, fort des milliers de signatures recueillies dans sa pétition.

60 sénateurs socialistes vont également déposer un recours. Tous invoqueront l’article 53 de la Constitution française, selon lequel les traités ou accords relatifs à l’organisation internationale modifiant les “dispositions de nature législative” ne peuvent être “approuvés ou ratifiés qu’en vertu d’une loi”.

A quel titre l’État français reconnaîtrait-il un doctorat en théologie ? Sa caution apportée à la valeur d’une pensée religieuse est pour le moins étrangère à la laïcité. L’État soumet son appréciation à une religion, il ne se contente pas de la connaître, il la reconnaît. C’est l’université française publique et laïque et tout son système de formation non marchand qui sont aujourd’hui menacés de destruction.

Dans le cadre du plan “Espoir Banlieues”, un fonds public destiné à l’ouverture de 50 classes issues d’établissements privés catholiques en ZEP vient d’être mis en place. En attendant, dans le public on assiste à la liquidation progressive des postes d’enseignants. L'école publique est dénudée pour habiller le privé.

Jamais l’État n’avait autant organisé la concurrence de son propre service public.

En tant que socialistes, nous avons un travail d’explication et de conviction à mener. A un moment où précisément le concept de laïcité est particulièrement menacé ou dévoyé par celui qui devrait en être le premier défenseur - le président de la République -  nous devons tous nous souvenir à quel point la laïcité est utile et nécessaire à la paix. La loi de 1905 est aujourd’hui débordée par les deux côtés : soit par l’interventionnisme de l’État dans le religieux, soit par la définition de la laïcité comme un ensemble de valeurs supposées être partagées par tous pour fonder le consensus républicain. Tantôt on se réfère à une laïcité maximale avec l'expulsion de la religion de la sphère publique, tantôt on revendique une intervention de l’État dans le religieux. Il faut choisir ! Ou bien l'on est dans une laïcité purement juridique (la séparation des pouvoirs), ou bien l’État décide du vrai en matière de religieux et la laïcité devient une sorte d’idéologie d’État.

Il semblerait que Sarkozy ait choisi.

Comment ne pas craindre le pire quand il déclarait en 2005, alors qu’il était ministre de l’Intérieur : “Les religions sont un plus pour la République” ? Ou quand on lit dans son livre La République, les religions et l’espérance (2004) “qu’il y a de l’arrogance à n’être point croyant” ? Ou encore “qu’il n’a pas une vision sectaire de la laïcité” ?

Il y a tout à redouter d’un responsable politique qui place le prêtre au-dessus de l’instituteur “dans la transmission et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal”, comme il le déclarait à Rome en décembre 2007 alors qu’il était fait “chanoine d’honneur” de la basilique Saint-Jean-de-Latran. Il avait alors insisté sur les “racines chrétiennes de la France”, prôné une “laïcité positive” et fait l’éloge de la foi.

Les Français juifs, musulmans, athées ou agnostiques sont-ils encore représentés par ce Président qui dit “nous” pour “nous les chrétiens” ? Ces mots incompatibles avec sa fonction ne peuvent que scandaliser les défenseurs de la laïcité, qu’ils soient croyants ou non-croyants.

A Riyad, en janvier 2008, Sarkozy, en Président prédicateur, disait encore : “Dieu transcendant qui est dans la pensée et dans le cœur de chaque homme…”. Mais où est donc passée la neutralité républicaine ? Jean Baubérot - historien de la laïcité - rappelle qu’ “un président de la République qui tranche entre différentes options philosophiques est comme un arbitre qui se mettrait à marquer un but !”...

Les prédécesseurs de Sarkozy étaient croyants, et même pratiquants pour certains, mais jamais ils ne se sont autorisés à faire passer leurs convictions religieuses avant leurs devoirs d’élus de la République. Chirac parlait de la conception française de la laïcité comme de “ce monument inviolable”. “L’Église chez elle et l’État chez lui !” clamait Hugo.

Il ne s’agit plus aujourd’hui de parler seulement de rupture de style, nous sommes bel et bien dans la rupture de fond. Le séisme laïc n’en est qu’à ses débuts. La société politique ne peut garantir la liberté d’expression que si elle est aveugle sur les croyances des citoyens ; les représentants religieux ne doivent pas être reconnus par la puissance publique comme des interlocuteurs politiques, au risque de réveiller le communautarisme. En tant que socialistes, il faut que nous expliquions, que nous signions et que nous fassions signer la pétition. Il en va de la défense de la République laïque.   

·      PETITION
ANNULATION DE L'ACCORD
VATICAN - KOUCHNER

A PARTIR DU LIEN CI DESSOUS

  http://www.mesopinions.com/annulation-de-l-accord-Vatican-Kouchner-petition-petitions-aa7ff411b416afe1d722a574e02b8c56.html

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Lire Défendons la République laïque (2) : http://zitoune.over-blog.fr/article-32032446.html

Défendons la République laïque (1)

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