Défendons la République laïque (2)
Lire Défendons la République laïque (1) : http://zitoune.over-blog.fr/article-32031831.html
Qu’est-ce que la laïcité ?
Un système politique qui rend le pouvoir indépendant de toute confession religieuse ? Oui, mais pas seulement.
Le mot laïcité vient du grec laos : le peuple en tant qu’unité considérée comme un tout indivisible. La laïcité est donc un concept qui rassemble les citoyens autour de règles acceptées par tous ; règles qui permettent une vie collective en éliminant de la sphère publique ce qui est susceptible de diviser et de créer des conflits. Le concept de laïcité ne s’applique donc pas seulement à la religion, mais aussi à toute conception particulière d’un groupe qui ne peut pas être imposée à l’ensemble du peuple que l’État a la charge d’administrer.
Ce concept est particulièrement d’actualité aujourd’hui en France avec la tendance au communautarisme.
Un État laïc doit refuser les demandes de chaque communauté de se voir reconnaître des spécificités liées à ses croyances ou à ses habitudes culturelles. Un État laïc doit rejeter dans la sphère privée toute reconnaissance d’une quelconque identité communautaire. Ainsi, il garantit l’égalité des citoyens devant la loi et préserve la liberté de chacun.
Il est nécessaire de connaître le contexte historique dans lequel s’est construit ce concept pour faire face aux critiques injustifiées des adversaires de la laïcité.
En France, la laïcité s’est construite en réaction à l’emprise cléricale de l’Église catholique - notamment dans le domaine de l’enseignement, chasse gardée du clergé depuis le Moyen Age. L’enseignement se démocratisant peu à peu, son contrôle devint un enjeu de pouvoir : un cléricalisme défendant ce qu’il considérait comme son territoire, et de nouvelles idées issues du Siècle des Lumières et de la Déclaration des droits de l’Homme, défendant la liberté de penser.
La laïcité vit le jour dans l'enseignement grâce aux lois Jules Ferry qui ont rendu l'école gratuite (1881), l'éducation obligatoire et l'enseignement public laïc (1882).
Puis, la loi de séparation de l’Église et de l’État de 1905 consacrait la laïcité dans le domaine politique ; ce qui veut dire que la laïcité est un principe juridique et qu’elle n’est jamais définie comme une philosophie ou un système de valeurs. Elle n’est pas une référence morale qui pourrait se comparer ou s’affronter à d’autres références subjectives. La Constitution française de 1958 proclamera que la République est laïque.
Cette longue lutte pour “arracher” à l’Église le pouvoir qu’elle avait dans l’enseignement et au sein de l’État a pu faire penser - notamment aux adversaires de la laïcité qui la combattaient au nom de la tolérance - qu’un idéal laïc était inséparable d’un sentiment antireligieux. Cet argument n’est pas fondé ; ce que combattent les laïcs, ce n’est pas la religion en elle-même, mais la dérive cléricale qui consiste à vouloir s’arroger un pouvoir temporel et à ne pas reconnaître la primauté des lois civiles.
La laïcité, loin d’être intolérante vis-à-vis des religions, garantit au contraire leur libre exercice en préservant la sphère publique (écoles, mairies, hôpitaux, ...) de l’influence d’une religion particulière. La laïcité n’est pas un athéisme militant ; d’ailleurs, les ex-pays communistes qui prônaient cet athéisme officiel ne se prétendaient pas laïcs…
La laïcité permet à tout citoyen de pratiquer la religion de son choix, mais aussi d’être athée ou agnostique, sans que s’impose à lui la pression d’une religion dominante. Aux yeux de la République, les religions sont égales entre elles - il n’y a plus de religion officielle. Mais on l’oublie souvent : les religions sont aussi égales à toute autre conviction non religieuse ou areligieuse, ou antireligieuse.
Les enfants, par exemple, sont ainsi préservés du prosélytisme à l’école ; la laïcité leur permettant de développer leur esprit critique en laissant aux familles le soin de transmettre leurs propres convictions religieuses ou philosophiques. Bien entendu, la laïcité - en tant qu’idéal - ne peut être atteinte sans effort. La plupart des religions ont une prétention universelle et l’idée selon laquelle la foi ne peut être imposée par la force n’a pas toujours été.
De nouvelles attaques contre la laïcité.
Certains pensent qu’un État laïc ne garantit pas le respect des croyances. C’est ainsi qu’il faudrait interdire toute œuvre artistique critique vis-à-vis d’une religion. Souvenons-nous des Versets sataniques de Rushdie, de la Dernière Tentation du Christ de Scorsese ou de la crise internationale succédant aux caricatures de Mahomet.
La traduction légale de cette opinion est qu’il faudrait transformer le blasphème en délit punissable par la loi - ce qui existe dans beaucoup de pays, y compris démocratiques. On assisterait alors à un glissement - redoutable pour la liberté d’expression - du respect du croyant vers le respect de la croyance. Le croyant - comme tout citoyen - a droit au respect. Tout autre est le statut de la croyance, laquelle n’a de sens que pour le croyant lui-même. On ne peut pas exiger le respect d’une croyance par un citoyen qui ne la partage pas.
D’autres parlent aujourd’hui de laïcité “ouverte” voire de laïcité “plurielle”, ou comme Sarkozy de laïcité “positive”. Que recouvrent ces termes sinon une redéfinition de la laïcité ? Un État qui reconnaîtrait officiellement des religions en ferait des interlocuteurs à part entière et ne serait donc plus un État laïc. Quelles religions faudrait-il reconnaître ? Avec quels représentants faudrait-il dialoguer ? Faudrait-il un représentant des athées ? des agnostiques ? des déistes ? Comment éviter les conflits ? Une telle attitude ne pourrait pas garantir la liberté des citoyens, c’est pourquoi la seule solution juste est celle de la République laïque. La laïcité n’est pas un œcuménisme d’État.
La laïcité de l’école est une garantie pour la formation de futurs citoyens capables à leur tour de défendre la laïcité de l’État. Encore faut-il que l’école publique ait les moyens de remplir complètement sa mission pour ne pas voir partir les enfants les plus favorisés dans l’enseignement privé. L’école publique doit pouvoir assurer cette éducation citoyenne jusque dans les quartiers défavorisés. Les enseignants doivent être soutenus matériellement et moralement par l’État.
Les dernières mesures de Sarkozy et de son gouvernement ne vont pas dans ce sens, loin s’en faut ! Ne le laissons pas démanteler ce pilier de la République française - gage de paix et de vie collective harmonieuse - qu’est la laïcité. Ne le laissons pas rouvrir la guerre entre l’enseignement public et l’enseignement privé !
