Charlot (1915-1917) / Charlie Chaplin

Publié le par La Zitoune

Encore des vieilleries, mais c'est bon ! Charlie Chaplin dans 5 courts-métrages muets, en noir et blanc. Le tout datant des années 1915 à 1917. Des musiques guillerettes rappelant le cirque nous entraînent dans des histoires toujours drôles et attendrissantes.

L'Emigrant. Charlot est en partance pour New-York avec d'autres émigrants, sur un bateau qui tangue. Pendant le voyage, il rencontre une jeune femme qui s'occupe de sa mère malade. Le roulis est incessant, la caméra filme en bougeant, on a presque le mal de mer. Charlot marche encore plus en canard que d'habitude. Il arrive à New-York, sans argent ni travail. Une pièce ramassée par terre lui permet d'aller au restaurant, où il retrouve la jeune femme du bateau. Elle est triste, sa mère vient de mourir. Charlot - toujours très romantique - séduit la demoiselle avec sa petite moustache fournie. Ses yeux sont maquillés de noir, son regard n'en est que plus perçant, ses dents plus blanches. L'histoire se termine par un mariage.

Charlot boxeur. Charlot veut devenir le partenaire d'entraînement d'un boxeur pour gagner un peu d'argent. Le champion est féroce et fait peur, mais il l'enverra au tapis (en mettant un fer à cheval dans son gant) et deviendra un challenger. Il va alors participer à un grand match contre un immense boxeur gras du bide. Le gringalet Charlot paraît minuscule, avec ses jambes de serin et son torse maigrichon. On le voit en short, pour une fois sans son costume pourri. Son chien - une espèce de bouledogue hideux - lui viendra en aide sur le ring. Charlot vainqueur embrassera la fille de son entraîneur.

Charlot à la plage. Charlot est au bord de la mer. Il se bagarre avec deux hommes et drague leur femme respective. Il y a un vent à décorner les cocus, mais son chapeau est attaché avec une ficelle.

Charlot patine. Charlot est un serveur maladroit dans un restaurant. Beaucoup des gags et des chutes de ce court-métrage ont été repris par d'autres, plus tard. Il adore le patin à roulettes et se débrouille très bien (Chaplin s'était déjà exercé au music-hall lorsqu'il était enfant). Gros pugilat à la patinoire après son service, où Charlot met le bazar et drague (deux ingrédients récurrents chez ce personnage marginal).

Charlot policeman. 9ème oeuvre de Chaplin en tant que réalisateur et l'une des plus connues. Burlesque, comique mais aussi traitant de la violence urbaine et de la pauvreté, telles qu'il les a connues dans son enfance londonienne. Charlot s'apprête à dérober la quête dans une mission de bienfaisance, mais un missionnaire le remet dans le droit chemin. Puis, embauché comme policier, il est envoyé dans un quartier dangereux, dans lequel un caïd et sa bande y terrorisent la flicaille. Il arrive à s'en sortir en asphyxiant le molosse avec le gaz d'un réverbère. Le caïd est en état d'arrestation, mais réussit à s'enfuir et pourchasse Charlot. Ce dernier sera enfermé dans une pièce par la bande de malfrats et se piquera le derrière avec une seringue laissée là par un drogué. Ses forces démultipliées par le produit, il fichera une chicorée à tous les gredins. Alors respecté de tous, il mènera une vie tranquille de policier dans un quartier en paix. 

Charlie Chaplin naît dans un quartier pauvre de Londres en 1889. Ses deux parents, artistes de music-hall, se séparent lorsqu'il a trois ans. La misère s'installe alors au foyer. Sa mère sera internée quelques mois en hôpital psychiatrique, à deux reprises. Charlie et ses frères seront placés en orphelinat, puis il vivra chez son père et sa belle-mère alcoolique (inspiration pour The Kid ?).

La première apparition de Charlie sur scène se fait dans un contexte peu banal : il remplace sa mère au pied levé, qui a une extinction de voix et ne peut donc pas chanter ; il a 5 ans.

Son père meurt très jeune, après avoir sombré dans l'alcoolisme.

Entre 9 et 12 ans, il fait partie d'une troupe en tant qu'enfant de la balle, obtient à partir de 1903 une succession de contrats au théâtre et en 1908 il est engagé dans une troupe renommée ; il y rencontre le futur Stan Laurel. C'est au cours d'une tournée en Amérique qu'il accepte une proposition de contrat : l'aventure cinématographique commence.

Mais à l'époque, on ficelait un film en quelques heures, dans le stress et les cadences infernales ; Chaplin se prend de bec régulièrement avec les metteurs en scène.

Il invente le personnage de Charlot, qui apparaît pour la première fois en 1914 ; pour les pays anglo-saxons il est The Tramp (le vagabond) : un SDF aux manières délicates, coiffé d'un chapeau melon, muni d'une canne en bambou, vêtu d'une redingote trop petite et d'un pantalon montant trop haut et retombant sur des chaussures trop grandes. Il est toujours sans le sou et souvent affamé, mais néanmoins bagarreur, rusé et généreux. Je ne vais pas m'étendre... qui ne connaît pas Charlot ?!

Dès la première apparition, le public est conquis et les commandes pleuvent. Il réalise alors lui-même ses films. Sa notoriété explose... et son compte bancaire aussi. Peu à peu, il fera entrer dans son univers comique celui du mélodrame et de la réalité sociale. Chaplin a vite compris que le public aime souffrir par procuration ; Charlot devient l'incarnation des luttes et des souffrances de beaucoup.

Charlie Chaplin fut une référence du cinéma muet et le passage au parlant ne s'est pas fait sans mal pour lui. Il a résisté longtemps et introduit des éléments sonores dans ses films petite touche par petite touche, et assez tardivement. On peut comprendre sa résistance, lui passé maître dans l'art de la pantomime... qui faisait moult gestes compris par la planète entière. Beaucoup l'ont cru fini (comme ce fut le sort de nombreux artistes du muet). Et ben pas du tout ! Les temps modernes (1936) sera le dernier film muet de l'histoire (seulement quelques scènes dialoguées dans lesquelles on entend sa voix pour la première fois) et l'un des plus célèbres de Chaplin. C'est aussi la dernière apparition du personnage Charlot. Le petit vagabond n'existera plus par la suite.

Dans les années 30, la propagande nazie l'a constamment déclaré juif, sous le nom de Karl Tonstein, en se fondant sur des articles publiés antérieurement dans la presse américaine. Durant toute son existence, Chaplin a dû faire face à la controverse et farouchement refusé de contester les déclarations affirmant qu'il était juif, en disant que ce serait faire directement le jeu des antisémites. Que c'est intelligent !

Au début des années 50 - pendant la Guerre froide - Chaplin figure sur la "liste noire" du cinéma et devient une victime du maccarthysme : c'est la fameuse "chasse aux sorcières" ; il est harcelé par le FBI en raison de ses prétendues opinions communistes, qu'il a toujours niées en se présentant comme un "citoyen du monde". Parti en Europe présenter un film en 1952, il se verra refuser le visa de retour par le sénateur Joseph McCarthy. Chaplin renonce alors à vivre aux Etats-Unis et s'installe en Suisse avec sa famille. Il y restera jusqu'à la fin de ses jours.

Il reçoit le Prix international de la paix en 1954. Cette même année, il donne une grosse somme d'argent à Emmaüs à la suite du fameux appel de l'Abbé Pierre pour les sans-logis. Il a dit à cette occasion : Je ne les donne pas, je les rends. Ils appartiennent au vagabond que j'ai été et que j'ai incarné. La classe ! mais pour être tout à fait juste, précisons qu'il fut l'artiste le mieux payé au monde pendant une assez longue période.

Au cours des années 70, le monde entier lui rend hommage : Prix spécial au Festival de Cannes sous un tonnerre d'applaudissements, Légion d'honneur, Lion d'or à la Mostra de Venise, anoblissement par la reine d'Angleterre (pour un SDF c'est plutôt rare...), Oscar spécial, ...

Il meurt le matin de Noël, le 25 décembre 1977. Toujours la classe !

Chaplin a été marié 4 fois. Ses mariages ont chaque fois défrayé la chronique américaine. Il a 35 ans quand il épouse sa deuxième femme, qui en a 16 (cette liaison aurait inspiré Nabokov pour son roman Lolita) ; il a 54 ans lors de son mariage avec la quatrième, qui en a 18. Il aura huit enfants avec sa dernière épouse (!).

Deux anecdotes : lorsqu'il rencontre Albert Einstein et qu'ensemble ils sont applaudis par les gens qui les entourent, Chaplin lui dit : Ils vous applaudissent parce que personne ne vous comprend, et moi, ils m'applaudissent parce que tout le monde me comprend !

Lors d'un concours de sosies de Charlie Chaplin organisé à San Francisco, le cinéaste se présente incognito mais il ne réussit même pas à accéder à la finale (!!)

Que ça fait du bien de revoir tout ça. Son personnage de Charlot mais aussi les films réalisés après feu le vagabond sont des oeuvres d'anthologie, inimitables. Et, quand je vois mon môme de 12 ans se fendre la poire devant des courts-métrages en noir et blanc, datant du début du XXème siècle et de surcroît muets, je me dis que Chaplin était assurément un génie - non seulement universel mais également indémodable.

Un être unique, pas un charlot.

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Charlot (1915-1917) / Charlie Chaplin
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