Coup de torchon / Bertrand Tavernier

Publié le par La Zitoune

Un film par jour, c'est un bon régime.

Je pensais avoir déjà vu Coup de torchon de Bertrand Tavernier, mais ce n'était qu'une illusion. Je m'en suis rendue compte rapidement, puisque la première scène est incroyable et que je n'aurais pas pu l'oublier : des enfants noirs affamés cherchent des insectes dans le sable pour se nourrir, quand survient une éclipse de Soleil. Un homme les observe et allume un feu leur permettant de se réchauffer.

Sorti en 1981, avec Philippe Noiret (acteur fétiche de Tavernier), Isabelle Huppert, Jean-Pierre Marielle, Guy Marchand, Stéphane Audran, Eddy Mitchell et Irène Skobline, il a reçu l'Oscar du meilleur film étranger.

Tavernier nous le fait noir de chez noir. Les personnages sont plus que désabusés - du cynisme à la pelle - on ne sait plus si l'on doit rire ou pleurer. Ca laisse un goût bizarre dans la tête. 

Seule l'institutrice - Anne/Irène Skobline - est saine, fraîche et vivante. Elle vient d'arriver et n'est pas encore... dégénérée.

Ca se passe en 1938, dans une petite ville coloniale de l'Afrique occidentale française.

Lucien Cordier/Philippe Noiret est le seul flic du coin. Corrompu, froussard et lâche, il laisse tout passer aux colons abrutis, fait semblant de ne rien voir ou d'arriver trop tard. Une excuse (peut-être) : il ne peut de toute façon pas faire appliquer la loi dans cette société.

C'est un bousillé de la vie. Sa mère est morte en le mettant au monde et son père le maltraitait ; sa femme (Huguette/Stéphane Audran) le méprise ouvertement et l'insulte en permanence, sans parler de son faux beau-frère incestueux et givré (Nono/Eddy Mitchell), qui parle une langue assez difficile à comprendre - il invente des mots ; les maquereaux du coin se foutent de lui (Le Péron/Jean-Pierre Marielle) et l'humilient sans cesse. Enfin bref, tout le monde se paie sa tête.

Il n'y a que sa maîtresse qui lui fasse du bien : Rose/Isabelle Huppert, qu'il surnomme ma rosette :-) Elle se fait elle-même tabasser par son mari. 

Cordier va se rendre compte qu'il a une vie de m****, aidé par son chef, Marcel Chavasson/Guy Marchand, un âne notoire qui l'encouragera à se débarrasser des pourritures - sans se douter qu'il le prendrait au mot. Quelque chose va alors se déclencher en lui, une prise de conscience qui le transformera en un criminel efficace. Il se mettra à liquider froidement des gens. Au nom de Dieu, il se prendra pour le Christ.

Un vrai dingue comme on les aime au cinéma !

A travers ce film, Tavernier nous montre toute la beauté de la France coloniale de l'époque : raciste, cruelle, bête, fourbe, ... On pourrait trouver une ribambelle de qualificatifs.

Le tout résumé dans une tirade de Cordier à Anne : La grammaire c'est comme le reste, ça rouille si on s'en sert pas, et comme y'a pas beaucoup de demande pour ça en Afrique... Et le Bien et le Mal c'est pareil, où est le Bien ? où est le Mal ? On n'en sait plus rien, ça sert pas beaucoup par ici, alors ça rouille aussi. Ca doit être le climat...

Ce film m'a laissée interloquée. J'avais l'impression de ne pas avoir tout compris, comme si un truc m'avait échappé. Je n'arrivais pas à me faire une idée précise du personnage Cordier. Parfois je me disais : c'est un mec désabusé, cynique mais qui - paradoxalement à travers le meurtre - veut retrouver une espèce d'idéal perdu ; à d'autres moments je me disais : c'est juste une ordure comme les autres - notamment quand il tue Vendredi ou n'intervient pas quand Rose est en difficulté avec Nono et Huguette.

Puis, oh ! miracle de la technologie, j'ai vu que dans le DVD il y avait aussi une interview du metteur en scène. Et, Tavernier dit cela : Je voulais que l'interprétation des personnages soit libre, que chaque spectateur puisse choisir, que ce soit flottant. Ce à quoi Philippe Noiret ajoute : Le personnage devait être imprévisible et énigmatique, il ne devait y avoir aucune complicité avec le spectateur.

Et bien c'est réussi en ce qui me concerne. C'est tout à fait ce que j'ai ressenti :-(

Un film surprenant. Très différent de tout ce que j'avais pu voir, une ambiance singulière. Du Tavernier, mais en pire que d'habitude.

Publicité
Rosette

Rosette

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
S
<br /> Ah, le personnage interprété par Guy Marchand avec ses préjugés racistes et la belle performance de Nono alias Schmoll....<br /> <br /> <br />
Répondre
E
<br /> une petite blagounette comme je les aime :<br /> Une femme à son mari, en minaudant, "dis, tu préfères quoi, une femme belle ou une femme intelligente?" "Et bien ni l'une ni l'autre ma chérie, tu sais bien que je n'aime que toi"!!!<br /> <br /> <br />
Répondre
E
<br /> Je ne sais pas comment tu avais pu échapper à ce film puisqu'il passe assez épisodiquement à la télé, puisqu'il t'est bien arrivé d'avoir une télé, non?!<br /> Pour moi, ce film est bof, disons que son souvenir n'est pas impérissable, j'ai compris pourquoi grâce à toi! Merci pour ton éclairage!<br /> <br /> <br />
Répondre