La Commune de Paris / Eloge de Louise Michel (1)
Comprendre Louise Michel c'est comprendre la Commune de Paris : ces 72 jours de l'histoire de France qui ont profondément marqué le mouvement ouvrier. Ce mouvement populaire empreint des revendications des populations urbaines, réduites à des conditions d'existence indigentes par les mécanismes du capitalisme de la révolution industrielle, a imprégné la mémoire collective. Ouarf ouarf ! c'est un peu lourd comme formulation :-)
Napoléon III (neveu de Napoléon Ier) est critiqué par une position réformiste interne et veut redonner du lustre à son règne, alors il déclare - sans véritable préparation - la guerre à la Prusse en juillet 1870, et il capitule en septembre. La République est à nouveau proclamée. Cependant la guerre continue, les Prussiens assiègent Paris pendant que le gouvernement républicain se (re)tire à Bordeaux. Les Parisiens ont faim, froid et se sentent sacrifiés par les représentants du pouvoir. Plusieurs émeutes isolées sont sévèrement réprimées.
L'armistice est signé avec l'Allemagne en janvier 1871. Un mois plus tard, les élections législatives sont emmenées par les droites et Adolphe Thiers, mais de grandes figures humanistes sont désignées sur Paris : Gambetta, Hugo, Garibaldi, ... Puis, l'Alsace et la Lorraine sont cédées aux Prussiens.
Ce qu'il est important de savoir pour comprendre la Commune, c'est que Paris assiégée a agi de façon très indépendante après la capitulation, s'opposant parfois vivement aux décisions du pouvoir conservateur. Les Parisiens, hostiles à la paix, ont eu du mal à accepter la signature de l'armistice, et peur d'un retour de la monarchie.
Thiers n'a qu'un souhait : faire rentrer les Parisiens dans le rang. Il multiplie les mesures autoritaires : fin du moratoire sur le paiement des loyers, parution de journaux interdite, ... Il met le feu aux poudres et l'insurrection démarre, mais nombre de soldats surpris par la ferveur de la population - hommes, femmes et enfants se précipitent pour barrer la route aux troupes - se rallient aux insurgés. Thiers renonce à réprimer l'émeute et ordonne à l'armée d'évacuer la capitale. Le gouvernement et l'Assemblée quittent Paris pour Versailles, qui reste une incarnation tenace du pouvoir royal dans l'esprit des Parisiens...
L'idéologie de la Commune, généreuse et utopique, apparaît dans deux proclamations : le comité central de la garde nationale, installé à l'Hôtel de ville parisien, remercie l'armée de n'avoir pas voulu "porter la main sur l'arche sainte de nos libertés" et appelle Paris et la France à "jeter ensemble les bases d'une république acclamée avec toutes ses conséquences, le seul gouvernement qui fermera pour toujours l'ère des invasions et des guerres civiles". Plusieurs mesures d'urgence en découlent : restauration de la liberté de la presse, amnistie des condamnés politiques, ...
Un contre-gouvernement est donc mis en place, face à celui de Versailles. Plus tard, le comité convoque de nouvelles élections, en appelant à la définition d'un nouvel ordre sur des bases "qui feront cesser l'antagonisme des classes et assureront l'égalité sociale" : instruction gratuite et laïque, garantie des libertés fondamentales des citoyens, liberté d'association, de réunion, ...
Les élections municipales ont lieu en mars 1871. La Commune est proclamée.
Le conseil de la Commune de Paris apparaît vite comme un groupe hétérogène traversé par des courants contradictoires. Les petits bourgeois républicains (majoritaires) y côtoient des ouvriers (surtout affiliés à l'Internationale et dont les préoccupations sont d'un autre ordre). L'absence de cohérence politique de l'institution amènera nombre d'élus, dont Jules Ferry, à partir ou à ne pas siéger.
Après avoir pris quelques mesures symboliques, dont l'adoption du drapeau rouge, la Commune prend des mesures significatives : prorogation du moratoire sur le paiement des loyers (que Thiers avait supprimé), réquisition de logements vacants, réorganisation du Mont-de-Piété afin d'aider les moins favorisés, ... Des décisions de principe sont également proclamées sans toujours être mises en pratique, comme l'abolition du travail de nuit.
Mais le sort de la Commune sera vite scellé par la volonté du gouvernement de Versailles de mettre fin à l'insurrection et, de plus, des erreurs d'organisation et d'appréciation l'ont également fragilisée. Les affrontements sont violents. Paris est bombardé. Les chefs de la garde nationale entreprennent de marcher sur Versailles sans en référer à la Commune ; l'opération tourne au désastre.
La Commune prend une décision maladroite face à l'intensité des combats : le "décret des otages" ; celui-ci établit que tout suspect de complicité avec Versailles sera arrêté et gardé comme otage ; 52 personnes seront tuées par les Communards. Thiers exploite cette décision pour convaincre l'opinion nationale du caractère brutal de la Commune. Puis, aussitôt signé le traité de paix avec l'Allemagne, il obtient la libération de milliers de soldats et réorganise ses forces. Il lance alors une armée énorme à l'assaut de Paris, sous le commandement du maréchal de Mac-Mahon. Le 21 mai 1871, les troupes versaillaises entrent dans la capitale.
Durant les 7 jours de la "semaine sanglante", Paris sera le théâtre d'une véritable guérilla urbaine. Plus de 500 barricades s'élèvent dans les rues, mais les 30 000 Communards en armes cèdent peu à peu du terrain à l'issue de combats à armes inégales. Paris est ravagée par des incendies.
Les combats s'achèvent le 28 mai par l'exécution de 177 Communards dans l'enceinte du cimetière du Père-Lachaise, contre un mur appelé depuis lors "mur des fédérés" (quand on entre par la porte principale du cimetière, il est tout au fond à droite).
On estime les pertes à 30 000 fédérés contre à peine 900 dans les troupes régulières. 35 000 personnes seront arrêtées à l'issue de la semaine sanglante, dont un grand nombre de femmes et une majorité d'ouvriers. Les tribunaux militaires prononceront 13 450 condamnations, dont 268 à la peine de mort et des centaines d'autres aux travaux forcés ou à la déportation, notamment en Nouvelle-Calédonie. Des milliers de Communards sont contraints de s'exiler en Belgique, en Suisse ou en Angleterre.
Sur le plan politique, les communistes et les anarchistes se revendiqueront de l'idéal égalitaire de la Commune. Plus généralement, la Commune apparaît comme le symbole du soulèvement ouvrier et populaire soutenu et accompagné par des bourgeois éclairés.
Des symboles de l'idéal républicain - apports fondamentaux issus de la Commune - seront mis en oeuvre au cours des trente années suivantes : liberté de la presse (1881) ; instruction gratuite et obligatoire (1882) ; liberté d'association (1901) ; séparation de l'Eglise et de l'Etat (1905).
Que ceux qui pensent encore que la Commune de Paris est un élément contournable de la mémoire collective de l'histoire de France quittent mon blog immédiatement :-)
Lire également Eloge de Louise Michel (2) : http://zitoune.over-blog.fr/article-eloge-de-louise-michel-ii-52524268.html et Eloge de Louise Michel (3) : http://zitoune.over-blog.fr/article-eloge-de-louise-michel-iii-52525289.html et Eloge de Victor Hugo à Louise Michel :http://zitoune.over-blog.fr/article-eloge-de-victor-hugo-a-louise-michel-iv-52536255.html
