Brazil / Terry Gilliam
Je viens de regarder ce film britannique de Terry Gilliam*, sorti en 1985, et je ne sais pas quoi en dire. Après Kurosawa... tout paraît tellement fade...
L'histoire. Sam Lowry est un bureaucrate du ministère de l'information. Il n'a aucune ambition et vit dans un monde totalitaire rétro-futuriste : un mélange de technologie futuriste et de style vieillot. Il y a des tuyaux de tailles variées partout, à l'intérieur des appartements comme des bureaux. Je suis obsédé par les viscères, mécaniques ou organiques, et j'ai toujours été fasciné par le fonctionnement interne des choses, précise Gilliam (l'aurait pu être chirurgien ou plombier).
Cet univers fourmille de détails, de paperasserie, de réactions en chaîne kafkaïenne ; tout est contrôlé, tout nécessite un bordereau, une autorisation. Un relent de 1984 de George Orwell. Sam est solitaire et s'échappe en rêve, parfois éveillé, dans un monde où il est un héros volant qui cherche à sauver une belle blonde enfermée dans une cage. Les effets spéciaux ne sont pas transcendantaux (ce n'est que mon avis).
Il va se transformer sans le vouloir en ennemi de l'Etat après avoir voulu corriger une erreur administrative, qui a quand même entraîné la mort d'un homme. Il va devenir la victime de cette énorme machine bureaucratique, qui commet les pires horreurs au nom d'un règlement oppressant et absurde.
Archibald Buttle est arrêté brutalement à la place d'Archibald Tuttle. Un fonctionnaire a écrabouillé un insecte sur une machine et le T est devenu un B. Pour l'anecdote, le réalisateur voulait suivre cet insecte dès son départ d'une forêt brésilienne, d'où le titre du film ; mais faute de budget il n'a pas pu.
La mère de Sam est une folle de chirurgie esthétique - voir la fameuse scène très connue de "tirage" de peau - puissante, qui veut absolument que son fils ait une promotion. Elle porte des petits chapeaux en forme de bottine.
Archibald Tuttle (dit Harry, un Robert de Niro assez peu reconnaissable) est un chauffagiste rebelle, une espèce de dissident, qui deviendra le sauveur de Sam.
Quant à Jill, elle apparaît en insoumise et n'est autre que la femme des rêves de Sam. Une apparition romantique dans ce monde brutal.
Sam va prendre conscience progressivement de l'absurdité du système dans lequel il vit et se révolter ; cela se traduit dans ses rêves qui deviennent de plus en plus cauchemardesques.
A la fin, Sam et Tuttle font exploser le ministère de l'information. Une avalanche de papiers s'abat sur la ville et agresse Tuttle : des centaines de formulaires ont l'air de vouloir l'étouffer. Jolie symbolique.
Sam se retrouve dans la chambre d'extermination du ministère de l'information, afin d'y être torturé.
On comprend qu'il a rêvé toute la fin depuis l'explosion ; il est en fait séquestré et malmené par celui qu'il croyait être un ami. Plus il a acquis de liberté, plus le système s'est ligué contre lui. Pas optimiste comme vision de la société future...
Terry Gilliam et Universal se sont pouillés sur la fin du film. Leurs disputes font partie de l'histoire du cinéma.
Gilliam explique : Quelqu'un suggérait de finir le film lorsque Sam et Jill vont au lit ensemble, puis s'envolent vers le ciel... Un autre proposait de finir lorsque Sam et Tuttle font exploser l'édifice du ministère de l'information, ce qui aurait fait de Brazil un film de vengeance à la Rambo. Les gens de Universal ne savaient pas ce qu'était Brazil. Ils ne comprenaient pas le film. Pour eux, l'important était d'enlever tout ce qui pouvait déranger le public, en fait, tout ce qui le rendait intéressant.
Pris dans l'engrenage de la machine à profit hollywoodienne, le réalisateur se retrouva à son tour assis sur une chaise dans une tour à bureaux, prenant ironiquement les allures du ministère de l'information. Pressentant qu'une démarche juridique était vouée à l'échec, Gilliam engagea une bataille médiatique au cours de laquelle il organisa des projections secrètes pour les journalistes. Il suffit de voir la fin de son film pour comprendre qu'il a eu gain de cause.
Un film au sujet mille fois traité. J'ai trouvé ça gentillet et ne vais pas m'étaler. J'ai un éloge de Louise Michel à terminer.
* Terry Gilliam est le seul américain de la bande comique des Monty Python.