La botte de guerre / Reda Mustafa
La botte de guerre, primé à l'occasion du concours Haydenfilms festival, a permis à Reda Mustafa de recevoir le prix du Meilleur court-métrage 2007, lors de la cérémonie à New-York.
Ce jeune professionnel du cinéma plein de promesses et de talent n'est autre que mon voisin, l'oeil pétillant d'intelligence et d'envie de bouffer du spectateur. Son directeur de production et assistant-réalisateur sur ce court-métrage, non moins agréable et doué, n'est autre que le fils de mon amie Sylvie. Que de beau monde dans mon quartier.
L'histoire. Normandie, 5 juin 1944. Un homme grièvement blessé se vide de son sang dans un abri, un bout de bois planté dans la poitrine. Il porte un uniforme de l'armée américaine et des bottes allemandes. On entend les tirs de mortier aux alentours.
Retour en arrière : un nazi court dans les bois ; plus loin, un Américain est suspendu par son parachute à un arbre. Les deux hommes vont se rencontrer et se battre. A aucun moment nous ne verrons distinctement leur visage, ni la fin de la lutte.
Retour dans l'abri : trois Résistants français - un homme, son fils et sa fille - vont tour à tour aider le mystérieux blessé à la gorge, qui ne peut plus parler. Le père s'interroge : il a trouvé non loin un nazi mort, sans ses bottes, et un parachute dans un arbre. Il finit par se douter que l'homme n'est peut-être pas Américain, mais ne peut se résoudre à le tuer. Sa fille le soignera et s'en éprendra ; l'homme aux beaux yeux la protégera aussi, lorsque l'abri menacera de s'effondrer sous les bombardements.
Les soupçons se développeront lorsqu'un médecin américain affirmera que sa blessure à la gorge n'est pas assez profonde pour l'empêcher de parler.
Sera-t-il tué ? Le film s'arrêtant là, on a tout le loisir de l'imaginer.
Images en parallèle : le père français, blessé, rampe dans les bois, lorsque son fils abat l'homme en bottes allemandes qui s'apprêtait à le tuer.
Chaque spectateur a la possibilité d'écrire sa propre fin. Est-ce que l'homme blessé était véritablement Américain ? Est-ce qu'il était nazi et se sentant perdu se serait fait passer pour un Américain muet ? Les deux hommes qui se battent au début du film n'ont-ils rien à voir avec lui ? le nazi serait-il celui qui tente de tuer le père à la fin du film ? Tout est possible.
Un court-métrage dense, extrêmement bien ficelé, qui nécessite d'être concentré pour ne pas s'embrouiller. Reda Mustafa a un grand sens du détail, les images sont belles et la musique poignante. Le suspense est maintenu jusqu'à la fin, dans une réelle tension. Tout est lent et, pourtant, à aucun moment on ne s'ennuie. Du grand art, de celui qui cueille.
Du même réalisateur, voirLa petite Lilia : http://zitoune.over-blog.fr/article-la-petite-lilia-51738111.html