La petite Lilia / Reda Mustafa
Toujours eux (cf. La botte de guerre http://zitoune.over-blog.fr/article-la-botte-de-guerre-51717207.html) : Reda Mustafa et Franck Bazille (directeur de prod. et 1er assistant-réalisateur) - dans un autre court-métrage sorti en 2009. Ce jeune réalisateur et son acolyte : des virtuoses. Vivement un long-métrage !
La petite Lilia a remporté le premier prix Hollyshort Film Festival lors de la cérémonie à Los Angeles. Je viens de lire un article qui mentionnait les noms des membres du jury ; accrochez-vous, je vous en donne quelques-uns : le scénariste Mark Fergus, le scénariste et producteur Bill Purple et Peter Russell (directeur artistique de Star Wars I et III). Pas des petites références.
L'histoire. Dimanche 5 février 2006, au petit matin. Samir rencontre Sarah, membre de la police,afin d'obtenir des informations sur le lieu d'habitation et les habitudes d'un homme. Puis, il se rend au domicile de celui-ci, le ligote et bâillonne sa femme.
Plus tard, l'homme séquestré est assis sur une chaise, au centre d'un immense garage.
Lilia, une petite fille, a disparu depuis quatre semaines et sa famille - son père, son frère, ses deux oncles et ses grands-parents paternels - croit détenir le coupable. Mais l'homme se tait, encore et encore.
Chaque membre de cette famille va tenter d'amener l'homme à avouer. Chacun à sa façon. Les grands-parents n'utiliseront pas la violence physique, mais essaieront - en vain - de lui faire comprendre que justice sera rendue, maintenant ou plus tard.
Le père croit sa fille vivante, mais il a perdu confiance en la justice ; Samir - policier - ne dit rien, mais on comprend qu'il partage l'avis de son frère. On peut imaginer que l'homme a déjà été interrogé par la police, sans succès.
Un oncle ne peut se résoudre à des méthodes illégales et tente de raisonner sa famille.
Samir décide brusquement de passer de flic à criminel ; il tire une balle dans le genou de l'homme et lui dit qu'il n'a plus rien à perdre, puisqu'il vient de passer de l'autre côté de la barrière. Le pédophile meurtrier craque et mène Samir dans les bois, à l'endroit même où il a enterré la petite fille.
Samir ne parvient pas à tuer l'homme. C'est le jeune frère de Lilia qui le fera.
Ce film pose une multitude de questions : Que faire quand un présumé coupable se tait ? Jusqu'où aller ? Comment ne pas laisser s'installer le doute ? Comment rester persuadé que l'on ne se trompe pas ? Peut-on se faire justice soi-même ?
Comme dans La botte de guerre, le thème du silence amène le spectateur à l'introspection. De quoi chacun remplit-il le vide face au mutisme ? Qu'est-ce qui fait que dans le doute on penche plus d'un côté que de l'autre ? qu'on passe à l'acte ou non ?
Et si mon enfant était victime d'un pédophile, que ferais-je ? N'aurais-je pas envie de me venger, de lui ôter la vie ? Comment faire preuve d'un esprit de justice lorsqu'on est plongé dans une douleur infinie et le sentiment de haine ?
Même si l'on est un fervent défenseur de l'Etat de droit, lorsqu'on est personnellement touché, comment ne pas basculer dans la justice privée ? Comment ne pas devenir un adepte de la loi du Talion, oeil pour oeil, dent pour dent - si chère aux partisans de la peine de mort - et ne pas penser que la personne qui a tué la chair de ma chair mérite la mort ?
Ce film - un petit bijou - ne prend pas partie, à aucun moment, mais il amène - avec une très grande subtilité - et à travers chacun des personnages, tous les éléments susceptibles d'alimenter la réflexion, dans un sens comme dans l'autre. Qu'aurais-je fait à la place de cette famille ?