La Cité des enfants perdus / Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro
Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro avaient déjà fait un film génial en 1991 : Delicatessen. Ils reviennent en 1995 avec La Cité des enfants perdus, un long-métrage étrange. Un film situé entre le fantastique et la science-fiction, aux nombreux effets spéciaux très réussis. Lors de sa sortie, ce film détenait en durée, le plus d'images de synthèse au monde.
Une brochette incroyable d'acteurs moches : Ron Perlman, Daniel Emilfork, Mireille Mossé, Dominique Pinon, Jean-Claude Dreyfus, Rufus, Ticky Holgado. C'est forcément voulu... pas pensable autrement.
La cerise sur le gâteau : Jean-Paul Gaultier s'est collé aux costumes. C'est magique !
Ce film esthétique est spécial, tellement différent de ce qu'on a l'habitude de voir, mais trop excentrique pour les Américains qui n'ont pas aimé.
Un monde rempli d'orphelins obligés de voler pour survivre, de bêtes de foire, de cyclopes nazis, de clones idiots, de méchantes soeurs siamoises, d'un dresseur de puces dépressif (Marcello/Jean-Claude Dreyfus).
Une ambiance insolite tour à tour décadente ou poétique. Fallait le faire pour mélanger les deux ! Un conte pour enfants mais écrit par un sadique qui les déteste. Vous voyez le genre ?
C'est un film drôle, d'un humour presqu'enfantin ou bien franchement glauque. Que du bonheur !
A mon avis, ils ont mis le paquet sur la couleur, l'impression visuelle, les décors splendides, en négligeant un peu le scénario, qui aurait mérité des explications plus claires au début et des transitions ; c'est parfois un peu confus... ou alors faut prendre du LSD avant la projection. Heureusement, on peut revenir en arrière quand on est chez soi... et mieux comprendre les subtilités de l'histoire ; au cinoche, ça m'aurait passablement énervée...
L'histoire en bref : un savant a créé des personnages variés mais foireux suite à une erreur génétique : une princesse naine (Mireille Mossé) ; six enfants clonés à son image (Dominique Pinon), mais qui ont la maladie du sommeil en plus d'être crétins ; un cerveau tout migraineux dans un bocal (Irvin - voix de Jean-Louis Trintignant) ; un homme très intelligent (Krank (malade en allemand)/Emilfork), mais qui vieillit trop vite parce qu'il ne peut pas rêver ; des cyclopes avec un oeil artificiel et une ouïe très fine, missionnés pour combattre les humains (la race inférieure) sur leur terrain.
Tout ce beau monde vit sur une plateforme en mer.
Krank, un monstre qui souffre, fait enlever des enfants par les Cyclopes, accoutrés comme des gestapistes, dans la cité portuaire. Il veut leur voler leurs rêves, mais il n'obtient que leurs cauchemars... qu'il provoque en terrifiant malgré lui les marmots. Krank ressemble étrangement à Brigitte Fontaine, dans le physique et dans la façon de parler :-))
Le jour où Denrée - le petit frère vorace de One (Ron Perlman), le géant costaud de la foire - est enlevé, l'histoire s'emballe. One fera tout pour retrouver Denrée et l'on part alors dans un voyage de barges. Il sera aidé par une petite orpheline (Miette/Judith Vittet). One ressemble aux frères Bogdanoff. Un problème avec cet acteur : une diction très moyenne qui le rend parfois incompréhensible.
On a soi-même l'impression d'avoir fait un long rêve/cauchemar, rempli de couleurs chaudes, d'êtres monstrueux et de Pères Noël clonés qui fichent la trouille. Un film à voir, mais lorsqu'on est en forme ; il faut rester concentré sinon c'est la soupe !
Un relent psychédélique à la Tim Burton, en plus fouillis.