Le sport en salle
S'inscrire dans une salle de sport c'est faire un voyage au pays des stéréotypes. Pourtant, la mienne ne fait pas partie de ces endroits sélects et très chers. Gilles, le patron-coach-conseiller, unique interlocuteur omnipotent, prend mon inscription, fixe le tarif en fonction de son humeur, de la tronche du client et de la vitesse du vent. Je suis bien vue, ça m'arrange. Puis, il me montre le fonctionnement d'un appareil de fitness et me fait bien comprendre (par son attitude détachée) qu'il ne va pas falloir trop le solliciter. C'est ainsi que mon ostéopathe affirme voir débarquer des gens de "chez lui", qui se font mal faute de supervision. Blasé le mec, pété de thune et revenu de tout.
Gilles donne également des cours de gymnastique, plusieurs par semaine, toujours en hurlant : "Allez ! allez ! allez !", à un troupeau de femmes qui, manifestement, ont besoin de se faire beugler dessus pour fournir des efforts physiques. Et que penser de lui ? Un petit problème à régler avec la gent féminine peut-être ? Celui qui obtiendra quelque chose de moi en me braillant dessus n'est pas né.
Une petite minette, une crevette survoltée, donne des cours de zumba. C'est à la mode. Je fais un essai. Je meurs. Première pause, je prends ma bouteille d'eau, ramasse ma serviette et pars en rampant. Du délire ! Elles prennent des amphétamines toutes, c'est pas possible ! C'est ptêt leurs leggings fluos roses qui dopent leur système nerveux central.
Je veux faire du sport moi, pas intégrer l'armée, me faire du bien au corps et à la tête, pas me déboîter, me disloquer ou me désarticuler.
Allez zou ! un peu de vélo, le grand classique des salles de sport. Ca c'est cool, personne ne crie pour te dire comment pédaler. Tu peux rêvasser en observant les sportifs dans la salle. Y'a de quoi faire. Une jeune femme passe - environ 2,5 g toute mouillée - en tortillant son microscopique Q, qui déborde pourtant de son short trop petit. Elle fait une gueule de six pieds de long. Devrait manger plus, serait de meilleure humeur ; les privations attaquent la joie de vivre. Je ne suis pas un mec, certes, mais si ç'avait été le cas je crois que j'aurais préféré une nénette un peu replète et joyeuse à un squelette dépressif. M'enfin bon, chacun ses goûts. De même, peu de femmes aiment les hommes trop musclés. Pourtant, dans ce lieu, ces messieurs en sueur continuent à penser qu'il faut ressembler à Schwarzenegger pour avoir l'air viril. C'est fou !
Un coq, en tenue dernier cri, pectoraux en 3D, zieute sans cesse ses biscoteaux dans le grand miroir en poussant de la fonte. De temps en temps, il jette des regards alentour pour vérifier qu'il est le plus beau, et s'éponge le front. Le frimeur m'amuse beaucoup en général, il n'a pas conscience qu'il oeuvre contre lui. J'ai pris un malin plaisir à ne jamais croiser son regard, juste pour l'agacer. Mais pourquoi a-t-il une casquette ? Pour cacher sa calvitie sans doute.
Le reste des adhérents est plutôt tranquille, pas mal de jeunots qui souffrent ensemble en faisant d'horribles grimaces et en poussant des petits cris perçants, des retraités qui s'entretiennent en silence, des anonymes qui se prennent en main.
Après le vélo, direction le rameur. Simuler les gestes de l'aviron me convient parfaitement. Musique dans les oreilles, yeux clos, c'est avec un réel plaisir que je parcours mes 6 km. Je me téléporte sur une plage déserte, les doigts des pieds enfouis dans le sable chaud, une petite brise me rafraîchit, des oiseaux multicolores me parlent de mon cocktail, de l'eau qui scintille et du grand brun aux tablettes de chocolat qui m'évente avec une feuille de bananier. Alors que j'ouvre mes gobilles, histoire de me reconnecter avec la triste réalité qui m'entoure, je constate qu'un type ventru (Nutella) à la fesse molle fait des allers et retours devant les quatre rameurs installés côte à côte. Il profite de la soufflerie de nos engins. Il sèche sa sueur grâce à nos efforts ! Oh mon Dieu !
Un peu de stepper... oh zut ! il est pris par une donzelle ultra maquillée, qui doit en faire souvent, elle a les fesses dans le dos ! Maquillage de qualité, rien ne dégouline. Je suis admirative, même si je trouve ça émouvant de ne pas savoir lâcher son eye-liner.
Après le vélo, l'aviron, les escaliers, passons au ski de fond. Pas facile l'elliptique. Je transgoutte à grosses pires. Je commence à sentir l'eau rance (Boccolini) et j'ai les mains qui collent (à Gênes).
C'est donc malodorante et rubiconde que je me dirige vers le tapis de course afin de simuler une randonnée en montagne. Il est hors de question que je cours, arghhhhh je déteste courir. Inclinons le tapis au maximum, à 16 % donc, et souvenons-nous de ce beau pays qu'est l'Islande. Quand tout à coup une espèce de vieille chouette, bandeau autour de la tête (pour cacher ses cheveux blancs ?), me fait remarquer que ça va bientôt faire une demi-heure que je marche et qu'il va falloir penser à lui laisser la place. Stupéfaite, je lui montre les trois autres tapis de course libres comme l'air. Elle me répond qu'elle préfère le mien. Elle me soûle la mégère capricieuse alors je traînaille, traînaille, traînaille, en lui disant d'arrêter de me tourner autour comme un papillon de nuit attiré par la lumière (c'est moi la lumière hé hé). Tout à trac, elle me balance un : "Raciste !" ronflant. J'hallucine et improvise : "Raciste moi ? Ca fait 20 ans que je suis mariée à un Marocain !". Là, j'ai fait mouche, la Marocaine lâche l'affaire et va faire travailler son gras du bide plus loin.
Crotte, ben voilà, à cause d'elle tout le monde croit que je suis mariée. C'est pas comme ça que je vais me trouver un jules :-))
Exténuée, je m'en vais déguster un thé à la menthe (j'ai l'habitude avec mon mari, tu penses !), perchée sur la mezzanine. De là-haut on peut mater tout ce qui bouge en bas, un lieu idéal pour critiquer (ou admirer), et surveiller la progression de la grognasse au bandeau ; j'apprends que celle-ci est détestée dans toute la salle de sport, pas parce qu'elle est Marocaine mais parce qu'elle est méchante... Je n'aime pas l'exclusion, la prochaine fois je lui laisserai le tapis sans rechigner. En attendant, la douche ne sera pas un luxe.
Lire aussi La marche rapide : http://zitoune.over-blog.fr/article-casser-le-rythme-124291314.html et Un dimanche matin sportif : http://zitoune.over-blog.fr/article-un-dimanche-matin-sportif-49661237.html
