La Vague de Todd Strasser

Publié le par La Zitoune

La Vague. Cela commence par un jeu et finit en dictature. Un petit livre, très vite lu et pas spécialement bien écrit.

Le New-Yorkais Todd Strasser, auteur de ce best-seller paru en 1981 aux Etats-Unis, s'est inspiré d'une histoire vraie : une expérience pédagogique réalisée dans un lycée californien en 1969, par Ron Jones, un professeur d'histoire contemporaine passionné, non conformiste et très apprécié de ses élèves.

Après avoir visionné un film documentaire sur les camps de concentration nazis (peut-être Nuit et brouillard d'Alain Resnais...), des élèves de terminale s'interrogent sur la passivité du peuple allemand devant les atrocités commises par le régime hitlérien durant la Seconde Guerre mondiale.

A la question "Comment les Allemands ont-ils pu affirmer qu'ils ne savaient rien et laisser faire ?", le professeur se rend compte qu'il ne sait pas répondre. Des élèves de la classe affirment que personne n'aurait pu les obliger à dire qu'ils n'avaient rien vu ou entendu. Certains pensent également que l'horreur de la Shoah ne pourrait pas se répéter.

Ben Ross (Ron Jones dans le livre) décide d'appliquer certains procédés nazis afin de donner le sentiment à ses élèves d'appartenir à une élite et qu'ils en comprennent les mécanismes. Il va mettre en place un microcosme totalitaire, qui finira par le dépasser lui-même.

Le professeur instaure des règles disciplinaires basées sur trois slogans :

- LA FORCE PAR LA DISCIPLINE. Il impose une façon de prendre la parole, de répondre aux questions posées, de se tenir sur sa chaise, ... Contre toute attente, la classe entière se prend au jeu et Ben Ross, éberlué, se rend compte que les élèves aiment être dirigés.

- LA FORCE PAR LA COMMUNAUTE. Dès le deuxième jour, un nom est donné au mouvement : La Vague, et un salut est instauré.

- LA FORCE PAR L'ACTION. Les élèves doivent inciter d'autres camarades à rejoindre l'organisation.

Il suffira de quelques jours seulement pour que le mouvement prenne de l'ampleur à l'extérieur de la classe et que des pressions et intimidations soient exercées sur les récalcitrants. Les élèves ne sont obligés en rien par leur professeur et vont pourtant au-delà de ce qu'il leur propose, en perdant tout libre-arbitre. Ils apprennent mieux et plus vite leurs leçons, mais tout esprit d'analyse disparaît ; ils ne réfléchissent plus, ils appliquent des règles.

Le professeur se voit propulsé au rang de leader du mouvement et ressent, malgré lui, la griserie du pouvoir.

Le mouvement s'autonomise et nul n'envisage de transgresser les règles. Le totalitarisme est en marche, le groupe prend le dessus sur les individus. Ceux-ci semblent se complaire dans une organisation qui décide à leur place. Ils abandonnent d'eux-mêmes leurs droits individuels au nom du groupe, jusqu'à agresser des camarades.

L'expérience fonctionne trop bien, le professeur est dépassé, il doit y mettre un terme. Le réveil est alors douloureux pour les dociles élèves, qui comprennent la finalité de l'expérience. Leur soumission à l'autorité est effrayante.

Une bande dessinée, puis un film seront tirés de ce roman qui fait dorénavant partie des manuels scolaires dans les écoles allemandes. Son écriture simple le rend accessible aux adolescents.

Nous sommes tous capables de nous transformer en petit facho du jour au lendemain. En prendre conscience relève du devoir de mémoire.

Ce livre est tout de même un peu léger, peu dense, facile, trop sans doute. Les adolescents dont il est question dans le roman ne semblent pas avoir de cerveau (à part deux ou trois) et les ficelles de l'endoctrinement sont sans doute un peu plus complexes dans la réalité.

Mais la leçon reste intéressante. C'est là l'essentiel. Dans le cas présent, la littérature on s'en moque. Comme Fugain, n'oublions jamais qu'"elle est vivante, qu'elle a encore la haine au ventre, la rage au corps la bête immonde, qu'elle tourne au loin comme un vautour ou rampe et ronge tout autour la bête immonde". Et qu'elle pourrait s'appeler Marine.

Voir http://zitoune.over-blog.fr/2014/09/parlons-francais-15.html

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Elle est vivante la bête immonde.

Elle est vivante la bête immonde.

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L
Au-delà du sens, de l'écriture, etc... Je trouve le titre tellement expressif ! C'est comme une vague qui arrive sur nous, on peut en sortir en faisant quelques efforts !
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