Lettre béante à un tyran

De Caïn et Abel - que tu le veuilles ou non - tu es Abel. Peu importe que cela te convienne, je ne suis pas Caïn. Je ne te veux pas mort, je te veux loin, à distance, silencieux, invisible, reposant.
Toujours attelé à contraindre quelque humain, à ressasser des raisonnements de tambour mouillé, tu as fini par en perdre ton identité, l'essence même de ce qui faisait ta grâce, ta différence, ton intérêt. Tu es devenu tellement sec, désespérément raide et noueux, que même le pain rassis a l'air frais.
La tyrannie ne peut s'exercer que sur un public inféodé, peu clairvoyant, cloué et affamé. Sans lui, elle n'est rien qu'une superbe, une musique d'ambiance irritante, une enquiquinante plaidoirie. Une goutte d'eau sur une plume de canard.
La liberté n'est pas celle qu'on revendique à coups de leçons de morale, ni de phrases martelées, désincarnées et revanchardes ; elle est bien plus subtile qu'un simple volume sonore, qu'un sorite ennuyeux, elle se partage. Ni abusée ni abusive, elle est tendre, pastel, bienveillante et contagieuse. Délicate et pourtant si peu fragile.
Que l'organe charnu placé dans ta bouche renonce enfin à la ciguë et goûte à la substance sucrée que produisent les abeilles avec le nectar des fleurs.
Un îlot de végétation dans ton désert de potentat.
Lire Lettre d'adieu à la cigarette : http://zitoune.over-blog.fr/article-34219838.html et La lettre de Gandhi à Hitler : http://zitoune.over-blog.fr/article-la-lettre-de-gandhi-a-hitler-50815875.html