Le testament du Dr Mabuse / Fritz Lang

Publié le par La Zitoune

Un film en noir et blanc, de l'Allemand Fritz Lang (1890-1976), réalisé en 1933.

En 1922, Lang avait déjà réalisé Docteur Mabuse, le joueur (film muet). Le criminel Docteur Mabuse, personnage tiré d'un roman luxembourgeois, deviendra un "héros" récurrent du cinéma fantastique, repris par d'autres réalisateurs (dont Chabrol en 1990 avec son Dr M). Lang lui consacrera lui-même une suite en 1960 : Le diabolique Docteur Mabuse ; son ultime film.

On est dans le Berlin des années 30. Mabuse - personnage hideux qui fiche le trouillomètre à zéro - est interné dans un asile psychiatrique, ce qui ne l'empêche pas de diriger une organisation criminelle à l'extérieur, dont le chef reste inconnu. Il a, grâce à ses pouvoirs hypnotiques et télépathiques, une très forte emprise sur le directeur de l'asile : le professeur Baum. 

Hofmeister, ancien policier déchu qui veut se racheter, est sur le point de révéler au commissaire Lohmann ce qu'il a découvert sur l'organisation du Dr Mabuse lorsqu'il sombre dans la folie après une terrible peur. Il est interné dans le même établissement que le fou criminel.

Lohmann, un commissaire Maigret burlesque, et Kent, membre du gang repenti par amour, tombé dans la criminalité parce qu'il ne trouvait pas de travail*, parviendront à démanteler le réseau, mais après un véritable parcours du combattant. La fin reste très ambiguë, on peut tout à fait imaginer qu'il y aura une suite.

* Allusion à la sévère crise économique en Allemagne.

Ce film est un policier mais avant tout une métaphore, celle de la terreur nazie déjà à l'oeuvre en Allemagne à l'époque. Joseph Goebbels, alors ministre de la propagande et de l'information du régime, le fera d'ailleurs interdire.

Fritz Lang décidera de quitter l'Allemagne pour la France puis pour les Etats-Unis, où il fera une carrière hollywoodienne fulgurante ; il ne reviendra dans son pays d'origine que beaucoup plus tard.

La femme de ce réalisateur, Thea von Harbou, qui est aussi la co-scénariste de ce film, est devenue une cinéaste officielle du régime nazi suite à son divorce et au départ d'Allemagne de son ex, considéré comme non-aryen. Pas très linéaire dans sa pensée la nénette...

Le testament du Dr Mabuse a une portée socio-politique. L'organisation criminelle du Dr Mabuse symbolise évidemment le nazisme. Lang met "dans la bouche" (façon de parler puisqu'il ne dit jamais rien) du Dr Mabuse - grand détraqué du ciboulot - tout un discours sur l'instauration d'un ordre nouveau et du crime de masse. Il s'agit de perpétrer des crimes absurdes, qui ne rapportent rien à personne, dans le but de distiller la terreur dans la population, avec un objectif bien plus important à terme : l'empire du crime absolu.

Lang percevait le cinéma comme un moyen de décrire les changements sociaux, mais aussi comme un instrument d'émancipation de l'homme... d'où ses problèmes avec la censure. Il disait : Limiter ou empêcher la diffusion d'idées ou des suggestions qui pourraient provoquer une réaction dangereuse ou malsaine parmi ceux qui manquent de maturité, de culture ou de responsabilité, prétendre que ces idées n'existent pas et refuser de les voir honnêtement abordées à l'écran, c'est traiter les gens comme des enfants et les empêcher d'atteindre l'âge adulte.

Et à propos de ce film en particulier : Ce film voulait montrer, comme une parabole, les méthodes terroristes de Hitler. Les slogans et les credo du IIIème Reich étaient placés dans la bouche de criminels. Je comptais aussi dénoncer les doctrines qui dissimulaient l'intention de détruire tout ce qui tenait à coeur au peuple.

Ce film sera enfin projeté dans son pays d'origine en 1951, dans une version raccourcie ; la version longue le sera après sa restauration en 2000, mais des morceaux n'ont jamais pu être récupérés ; compte tenu de son destin, estimons-nous heureux qu'il existe encore.

Evidemment, 77 ans après, cette oeuvre peut paraître étrange et a été rangée dans la catégorie des films fantastiques. Les pouvoirs hypnotiques du Docteur sont assez spéciaux. Cet homme ne parle plus depuis des années mais écrit des pages entières sur des sujets machiavéliques. Et, même après sa mort, il revient sous forme de fantôme pour posséder le directeur de l'asile et continuer son oeuvre de tordu. On peut voir le spectre du Docteur Mabuse s'asseoir dans le corps du professeur Baum (glurps !).

Les effets spéciaux (par exemple une explosion) sont assez bluffants pour l'époque, et l'intrigue et le suspense sont présents jusqu'au bout.

J'ai trouvé la scène de l'incendie de l'usine chimique très très lente, mais bon ce n'est pas un film d'hier, et le jeu des acteurs est un chouia trop théâtral aussi (un reste du muet peut-être ?). 

Ce film mérite sa réputation, c'est en effet un incontournable (in ?)temporel, mais pour ma part, ce ne fut pas un électrochoc non plus... juste un p'tit choc.

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