Les amitiés maléfiques / Emmanuel Bourdieu
Un film d'Emmanuel Bourdieu (fils de Pierre, le célèbre sociologue), sorti en 2006. Ce réalisateur littéraire est également philosophe.
L'histoire. Eloi et Alexandre sont gouroutés par André. Ces trois étudiants en Lettres se rencontrent dans un amphi, dans ce no man's land que peut être l'université.
André, charismatique, brillant, manipulateur, est porté aux nues par leur maître de conférences. Eloi manque de confiance en lui et en ses capacités à écrire. Sa mère romancière souffre d'être clouée au pilori par deux journalistes. Alexandre ne sait pas s'il veut devenir enseignant ou comédien.
André exerce un réel ascendant intellectuel sur les autres. Cruel, cynique, il n'a de cesse de rabaisser et d'humilier ses camarades influençables et dociles. Il prend le pouvoir, les vampirise à coups de petites phrases assénées comme des vérités : "Le café se boit avec un sucre" ; "Il faut avoir du caractère pour résister à la tentation d'écrire" ; ...
Eloi et Alexandre sont loin d'être des crétins et pourtant se laissent impressionner par André. Ils savent qu'ils font partie de l'élite, mais jamais il ne leur vient à l'idée de remettre en cause des règles établies et injustes. Bêêêêêêê... Ils se plient aux rites universitaires sans réfléchir, au diktat d'André, leur maître à penser, sans se rebeller. Bêêêêêêê...
Eloi confie à son mentor avoir déposé une déclaration d'amour dans la boîte aux lettres de la bibliothécaire, qui écrit à ses heures perdues. André le persuade de détruire sa lettre en la brûlant à même la boîte... puis couche avec Marguerite, sans se préoccuper de ce que peut ressentir son "ami", qui ne bronche d'ailleurs pas. La jolie fleur aurait mieux fait de se casser un pétale puisqu'André supprimera sa nouvelle de son ordinateur, en déclarant que c'est nul et honteux d'envisager la faire publier. Eloi, doué en informatique, récupérera son texte, mais le mal est fait.
André comprend vite qu'Alexandre a des talents de comédien et Eloi des talents d'écrivain. Autant il poussera le premier a passer le concours du conservatoire, et s'attribuera le mérite de sa réussite, autant il bridera le second. Eloi, sous son emprise, nie écrire et jette aux ordures son manuscrit. Mais sa mère le récupère, négocie un contrat de publication avec sa propre maison d'édition et imite sa signature. André ironise tant et plus.
Le maître de conf finit par réaliser que son étudiant préféré l'enfume et le flatte bassement. Il l'informe qu'il refuse de lui donner la maîtrise, de considérer son mémoire comme achevé et de lui permettre de faire son DEA aux Etats-Unis. Démasqué, André panique et lui colle une baffe dans le hall de la fac. Le professeur, apeuré (le littéraire est téméraire, c'est bien connu), consent à lui donner son diplôme mais refuse de l'envoyer à l'étranger.
Le tyrannique André va alors mentir sans vergogne à ses camarades. Alors qu'il devient prof de culture générale sur une base militaire au bord de l'Océan atlantique, il leur raconte Berkeley, l'Océan pacifique et sa rencontre décevante avec James Ellroy, écrivain de polars américain. On le sent malheureux, son auditoire - des soldats*, ne l'admire pas. Il a perdu sa superbe, son aura captatrice.
Puis, Eloi découvre les mensonges d'André. Les copains sont abasourdis en comprenant l'ampleur de la supercherie. Leur directeur de conscience n'est qu'un imposteur, dont ils vont se libérer. Marguerite trouve dans un livre un morceau brûlé de la déclaration d'Eloi, récupéré et déposé là par André. Contre toute attente, ce dernier les autorise symboliquement à vivre leur amour. Eloi est également pris sous l'aile du maître de conf et décroche son DEA aux States. Le disciple réussit partout où le gourou a échoué.
On comprend qu'André rêvait secrètement d'écrire mais, n'y parvenant pas, il sadisait ses camarades talentueux et féconds. Au final, il est jaloux, fragile et ne produit rien. Une sorte d'attachement étrange envahit le spectateur... qui se ressaisit vite. Le pervers fascine toujours, surtout lorsque le masque tombe...
Eloi écrit un nouveau roman, Les amitiés maléfiques, et obtient le prix Médicis. C'est le coup de grâce pour André qui dit être un raté, tout en faisant remarquer à ses condisciples, dans un dernier sursaut d'orgueil, que - peut-être - il leur a servi à quelque chose (c'est pas faux !).
Un film à thème, a priori intéressant. J'ai trouvé ça empesé, raide, ridiculement grave. Franchement, c'est intello-ronflant. En même temps, qu'aurait à dire Emmanuel Bourdieu sur les problèmes existentiels des ouvriers aux trois-huit ou sur le travail de nuit ? On se le demande. Bêêêêêê...
* Bourdieu ferait-il passer un message ? Les soldats ne seraient-ils pas capables d'apprécier la littérature ? Si ce n'est pas élitiste ce genre de sous-entendu ! Bêêêêêê...
