Les dieux sont tombés sur la tête

Publié le par La Zitoune

The gods must be crazy. Un véritable plaisir que de revoir ce film écrit et réalisé par le Sud-Africain Jamie Uys en 1980 (sorti en 1983 en France). 

Les Bushmen vivent au Botswana, dans le désert aride du Kalahari. Ils ont su s'adapter à leur environnement, dans cette région du monde où l'eau ne se trouve que dans les racines et les tubercules de certaines plantes. L'histoire se déroule dans un village qui ne connaît rien de la modernité du monde extérieur : pas de technologie, pas de crimes,  pas de châtiments, ni de police, de juges, de dirigeants ou de patrons.

Dans ce monde, le Bien et le Mal n'ont pas pu être inventés.

Alors que la tribu a une paix royale et vit dans la félicité, une bouteille de Coca vide lui atterrit sous le nez - lancée d'un avion par un pollueur sans scrupules ; mais, pour ce peuple, ce n'est rien d'autre qu'un objet transparent tombé du ciel, plus dur que le bois ou les os, qui peut servir de récipient, d'instrument de musique, de pilon, à travailler les peaux de serpents ou à assouplir des lianes - à coup sûr un don des dieux.

Tous les membres Bushmen se découvrent avoir besoin en même temps - pour une utilité ou une autre - de ce mystérieux objet divin, malheureusement unique. Pour la première fois ils ne peuvent pas se partager quelque chose et commencent à se disputer. Ils découvrent ce que sont la jalousie et l'envie de posséder, si chères à nos civilisations.

"Ce don est empoisonné" déclarent-ils. Les Dieux sont-ils tombés sur la tête ??

Xhixho (surnommé Xhi, prononcer Qui) sera mandaté par le clan pour rendre ce cadeau aux dieux ; pour ce faire il devra aller "au bout du monde", et s'en débarrasser en le jetant comme qui dirait par-dessus bord.

Au fil de son périple pédestre, il rencontrera la soi-disant susnommée civilisation, avec tout ce qu'elle peut comporter d'horreurs, de cruauté, de violence, d'égoïsme, de non-sens et de lois incompréhensibles pour un Bushmen. L'homme civilisé a refusé de s'adapter à son environnement, il a adapté l'environnement à sa convenance, nous dit le narrateur au début du film (avec la voix française d'Yves Robert).

Lorsque le monde moderne est filmé, toutes les scènes sont en accéléré. On se croirait dans Benny Hill. Les "civilisés", avides de pouvoir, ont l'air assez niais et gauches, alors que Xhi pas du tout. Malin, imaginatif, avec une vraie culture de terrain, il s'adapte vite à toutes les situations que lui propose le scénario. Le message est clair... et on le partage avec enthousiasme.

On est très content également quand il parvient à jeter la bouteille de Coca - "La Malfaisante" - du haut d'une falaise, au bout du monde. Il va pouvoir rentrer chez lui et reprendre le cours normal de sa vie, dans une ambiance saine et paisible, loin de tous ces citadins bizarres qui se compliquent la vie.

Mais pas longtemps parce qu'une seconde version est sortie en 1989 et que l'homme moderne va revenir le faire ch***. Le réalisateur s'est fait tellement de fric avec le premier film... Cette fois, ce n'est plus une bouteille de Coca mais un ULM qui atterrit chez les Bushmen. Avec à bord deux docteurs, l'un en zoologie, l'autre en droit international. On retrouve Xhi, toujours aussi serein, plus vieux de 9 ans, et toute sa petite famille. C'est très nettement moins bon, la première version était largement suffisante et tellement drôle. D'ailleurs le public n'a pas accroché. Ah ! les civilisés et le pognon...

Info ou intox, il paraît que d'autres films de ce réalisateur ont été accusés d'appuyer les thèses de l'apartheid. En tout cas, pour contourner l'embargo décrété alors par beaucoup de pays à l'encontre de l'Afrique du Sud, et même si tous les capitaux venaient de ce pays boycotté, Les dieux sont tombés sur la tête fut présenté comme botswanais.

Qui sont les sauvages ?

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